Vaccin Covid : en Guyane, la parole pro-vax émerge malgré la pression des anti-vax

En Guyane, une tribune appelle à libérer la parole des pro-vax malgré un climat de défiance envers le vaccin contre le Covid. 

Une tribune signée lundi par 118 anonymes et personnalités guyanaises appelle à "libérer" la parole en faveur de la vaccination contre le Covid-19 dans ce territoire, au moment où des organisations anti pass-sanitaire bloquent une raffinerie.

Lundi, le préfet de Guyane a signé un arrêté obligeant à la "fermeture" de toutes les stations services du département "en raison de la pénurie potentielle de carburant suite au blocage, lundi matin, du dépôt de la Société Anonyme de la Raffinerie des Antilles Guyane (SARA)" par "la Caravane de la liberté" et des membres du syndicat “UTG” (union des travailleurs guyanais), deux composantes fortes du mouvement anti-pass-sanitaire en Guyane.

"Les Guyanais ont très peur du vaccin car nous avons en face des gens qui font tout pour qu'on ne prenne pas le vaccin. Ils sont très présents sur les réseaux sociaux. Ils sont partout", a expliqué lundi à l'AFP, Edwin Moïse, élu maire d'Apatou en 2020 et signataire d'une tribune qui appelle à la "protection des personnes les plus vulnérables par tous les moyens, y compris la vaccination".

"On parle toujours de ceux qui ne sont pas d'accord avec le vaccin et jamais de ceux qui sont d'accord avec", a regretté auprès de l'AFP Charles Wyngaarde, chef coutumier de Matoury, vacciné contre le Covid-19 et signataire de l'appel.

Des tournées dans les quartiers populaires organisées par des anti-vax pour appeler au rejet massif du vaccin et de l'obligation vaccinale et leurs prises de position publiques et répétées, comme l'a constaté l'AFP, ont instauré un climat social très dégradé en Guyane.

Des personnels de santé vont "travailler la peur au ventre" craignant d'être chahutés par des collègues ou manifestants anti-vax, avait affirmé auprès de l'AFP une cadre du centre hospitalier de Cayenne.

Le déroulement d'une campagne de vaccination organisée le 20 septembre à Cayenne par la Croix-Rouge avait également été rendue impossible par des anti-vax qui avaient obligé les soignants à plier bagages.

67% de non-vaccinés

Dans ce département d'Amazonie placé sous "état d'urgence sanitaire" prolongé, et où la population est très jeune, les non-vaccinés représentent 67% de la population.

"Beaucoup de gens sont pris au piège car le débat public est enfermé", regrette Vincent Touchaleaume, enseignant à Cayenne et militant indépendantiste, à l'initiative avec d'autres de la tribune qui rassemble surtout beaucoup d'anonymes, quelques élus locaux, des militants du corps enseignant, des médecins.

Les 118 signataires veulent "ouvrir le débat et appeler l'ensemble des acteurs à se positionner" selon l'enseignant, car "soit on est 'pour le vaccin' ce qui voudrait dire, dans le contexte guyanais, qu'on soutiendrait la gestion de crise par les autorités sanitaires et le gouvernement, soit on se doit d'être 'anti-vax'".

"J'ai toujours dit : 'Ceux qui veulent se faire vacciner, allez-y, et ceux qui ne veulent pas ne sont pas obligés'. J'ai été vacciné et ça m'a sauvé la vie", témoigne le chef Wyngaarde, âgé de 62 ans, qui a contracté le virus.

"J'ai mesuré la gravité de cette maladie. J'ai perdu 15 kilos en une semaine. Le vaccin limite les formes graves" témoigne à son tour Moïse Edwin.

Son prédécesseur, l'ex-maire de cette petite commune rurale, Paul Dolianki, est actuellement hospitalisé pour Covid-19 et dans un état critique.

Au 15 octobre, 9 personnes sont décédées à l'hôpital et 833 nouveaux cas étaient recensés sur sept jours glissants, selon le dernier point de l'ARS de Guyane. Lundi, 107 hospitalisations pour Covid-19 dont 25 dans un état grave étaient enregistrées sur ce territoire de 300.000 habitants.

Lors d'un déplacement en Guyane, fin septembre, le ministre des outre-mer, Sébastien Lecornu, avait reconnu que la pandémie était venue "fragiliser" l'offre de soins défaillante dans ce territoire.

Avec AFP 

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