Un chirurgien suspendu six mois pour harcèlement moral sur 9 infirmières

Article Article

Un chirurgien orthopédique de la clinique Saint-André de Nancy a été sanctionné par la chambre disciplinaire de l’Ordre du Grand Est pour des faits de harcèlement moral dénoncés par neuf infirmières. Il écope de six mois d’interdiction d’exercer, dont trois ferme, et a annoncé faire appel.

Un chirurgien suspendu six mois pour harcèlement moral sur 9 infirmières

© Midjourney X What's up Doc

Un chirurgien orthopédique ayant exercé pendant plus de vingt ans à la clinique Saint-André de Nancy a été sanctionné par la chambre disciplinaire de l’Ordre des médecins du Grand Est. Il écope d’une interdiction d’exercer de six mois, dont trois mois ferme, qui prendra effet à compter du 15 mai. Le praticien, désormais en activité dans le Pays-Haut, a annoncé son intention de faire appel devant le la chambre disciplinaire nationale.

Attitude jugée vexatoire

L’affaire trouve son origine dans un signalement effectué après un incident survenu au bloc opératoire le 21 décembre 2023. Neuf infirmières dénoncent des propos et comportements qu’elles estiment humiliants et répétés.

Comme le rapporte L’Est Républicain, la chambre disciplinaire considère que le chirurgien « avait adopté une attitude vexatoire et un comportement agressif et autoritaire, source d’oppression pour certains membres du personnel amené à travailler à ses côtés ».

La décision se fonde sur des témoignages jugés « concordants et précis », émanant d’infirmières mais aussi de confrères. Elle s’appuie également sur une enquête menée en 2024 par un cabinet spécialisé en risques professionnels, concluant à « l’existence d’une situation de harcèlement moral », ainsi que sur un courrier de l’inspection du travail daté de février 2025 évoquant « l’état de souffrance des salariés » concernés.

https://www.whatsupdoc-lemag.fr/article/la-medecin-qui-harcelait-sexuellement-son-directeur-dhopital-condamnee-deux-ans-de-prison

Pour Antoine Fittante, avocat des infirmières, « la décision de sanctionner le chirurgien vient les rétablir dans leur dignité ». Thierry Pechey, président du conseil départemental de l’Ordre des infirmiers, affirme que certaines plaignantes étaient, lors des premiers échanges, « dans une grande détresse », certaines ayant évoqué des idées suicidaires.

Une défense vent debout

Le chirurgien reconnaît avoir « élevé la voix » le 21 décembre 2023, invoquant le respect des règles d’asepsie, mais nie tout propos insultant ou humiliant au cours de ses vingt années d’exercice.

Son avocat, Nicolas Pasina, dénonce une décision qui ne tiendrait pas compte « de plus de soixante attestations » décrivant, selon lui, « un praticien rigoureux et respectueux ». Il évoque une « cabale » orchestrée par la direction de la clinique, estimant que son client était devenu trop exigeant sur les questions de matériel et de formation.

La défense rappelle par ailleurs qu’un juge des référés du tribunal judiciaire de Nancy aurait jugé insuffisantes certaines attestations produites pour caractériser le harcèlement, pointant « l’imprécision des faits rapportés » et « la subjectivité de la narration ». Le praticien a lui-même déposé plainte pour harcèlement moral en février 2025 ; une enquête est en cours.

Contrat rompu, climat tendu

La clinique Saint-André précise que le chirurgien exerçait en libéral depuis janvier 2004. Sa directrice indique qu’aucun signalement formel n’avait été enregistré avant décembre 2023, bien que le « fort caractère » du praticien fût connu.

Selon la direction, plusieurs soignants ont alors fait état de « comportements perçus comme inappropriés », certains n’ayant pas osé s’exprimer plus tôt « par crainte de représailles ». La collaboration a été rompue en février 2025, à l’issue d’une enquête interne confiée à un cabinet indépendant. Le rapport n’a pas été rendu public.

https://www.whatsupdoc-lemag.fr/article/harcelement-licenciements-abusifs-insultes-medecins-du-monde-fait-lobjet-de-10-procedures

L’affaire s’inscrit dans un contexte plus large de libération de la parole dans le secteur hospitalier. Un cadre hospitalier, cité par L’Est Républicain, estime ainsi que « pendant très longtemps, il y a eu une forme de banalisation de certains comportements », notamment au bloc opératoire, où le tempérament « caractériel » de certains chirurgiens était toléré.

L’appel devant la chambre disciplinaire nationale de l'Ordre des médecins doit désormais déterminer si la sanction régionale sera confirmée, réformée ou annulée.

Avec AFP

Aucun commentaire

Les gros dossiers

+ De gros dossiers