© Stanley Thieullet
Vous êtes interne en rhumatologie. Pourquoi avoir choisi cette spécialité ?
J’avais envie de faire de la médecine du sport, ou au moins de m’en rapprocher. Il y a plusieurs spécialités qui permettent d’y accéder, notamment la rhumatologie et la MPR (médecine physique et de réadaptation).
Ce qui m’a fait pencher pour la rhumatologie, c’est surtout la partie gestes interventionnels et la partie imagerie. C’est aussi une spécialité où l’on pose beaucoup de diagnostics et où l’on raisonne vraiment sur la prise en charge du patient.
La MPR a aussi cet aspect, mais elle est davantage centrée sur l’éducation et la rééducation.
En rhumatologie, j’aime le fait de pouvoir prendre en charge le patient de A à Z.
Quel était votre rapport au sport avant vos études ?
J’ai toujours pratiqué pas mal de sport, encouragé par mes parents, mais pas dans une logique de performance, plutôt pour le plaisir. J’ai beaucoup joué au football, et au tennis. Au lycée, je me suis davantage tournée vers la musculation. Avec les études de médecine, j’ai ralenti cette pratique, puis j’ai commencé le triathlon il y a quatre ans.
« Au début, ça me paraissait complètement inaccessible, réservé à des gens 'hors norme'. Et puis, à force de m’y intéresser, j’ai compris que ce n’était pas forcément le cas. »
Qu’est-ce qui vous a attiré dans le triathlon ?
Avec la musculation, j’avais l’impression de tourner en rond. Ça permet de se sentir bien, mais il n’y a pas vraiment d’objectif de performance ou de compétition.
Puis, j’ai découvert les Ironman sur les réseaux sociaux. Au début, ça me paraissait complètement inaccessible, réservé à des gens « hors norme ».
Et puis, à force de m’y intéresser, j’ai compris que ce n’était pas forcément le cas. Au début de l’externat, en quatrième année, je me suis lancé.
Pouvez-vous rappeler en quoi consiste votre sport ?
Le triathlon est constitué de trois épreuves d'endurance enchaînées : natation, cyclisme et course à pied. Il existe différentes distances qui vont de XS à XXL.
Le format XXL correspond à l’Ironman : 3,8 km de natation, 180 km de vélo et un marathon de 42 km pour finir.
Mon objectif aujourd’hui, c’est le 70.3 qui correspond à la moitié de ces distances.
Comment conciliez-vous l’entrainement et l’internat ?
Pendant l’externat, cela demandait beaucoup d’organisation, mais je restais assez libre dans mon emploi du temps. Je pouvais aller à la piscine quand il y avait moins de monde, ou faire du vélo en journée quand il y avait moins de trafic. En sixième année, je m’entraînais entre 10 et 13 heures par semaine.
Pour moi, faire du sport est indispensable : si je ne le fais pas, j’ai du mal à travailler. Une journée sans sport, c’était vraiment compliqué.
Depuis l’internat, c’est plus difficile parce que je ne choisis plus mes horaires. Je m’entraîne donc surtout le soir : je finis vers 19h30, je m’entraîne ensuite jusqu’à 21h, et je rattrape le week-end si besoin.
D’où vient ce besoin indispensable de s’entrainer ?
Je ne saurais pas forcément l’expliquer, il y a probablement une part d’addiction. J’ai besoin de me dépenser, de me défouler. C’est une manière d’extérioriser la pression. Certaines personnes sortent ou font la fête, moi c’est le sport.
Je préfère me lever tôt le week-end pour aller faire plusieurs heures de vélo. C’est vraiment ma façon de gérer le stress.
Pendant l’externat, les journées sont entièrement dédiées au concours, sans réelle pause.
J’avais besoin d’un autre objectif à côté, et je l’ai trouvé dans le triathlon.
Ça me permettait de faire autre chose que de la médecine, de prendre du recul, et je pense que c’est essentiel, surtout dans des études aussi prenantes.
Avez-vous eu peur que le sport prenne trop de place et passe avant vos études ?
En cinquième année, j’ai dû réfléchir au volume que je pouvais garder. J’ai choisi de maintenir un minimum pour que ça reste bénéfique sans empiéter sur les révisions.
Après les EDN, pour les ECOS, je me suis permis d’augmenter le volume. Au final, j’ai mieux réussi que les écrits en gardant plus d’heures d’entraînement par semaine.
Pour moi, la médecine reste prioritaire, parce que c’est mon métier. Le triathlon, c’est une passion, un loisir. J’ai besoin de la stimulation intellectuelle qu’apporte la médecine, j’aime apprendre en permanence. C’est ça qui me motive au quotidien.
Vous avez lancé le « projet Iron Mind » sur votre compte Instagram, en quoi consiste-il ?
L’objectif était de documenter mon parcours pour devenir médecin et Ironman la même année. Ce n’était pas pour me mettre en avant, mais plutôt pour montrer que c’est possible, même avec peu de temps, et encourager les gens à continuer le sport.
Je voulais aussi montrer que je n’ai pas de facilités particulières, ni en sport ni en médecine, mais qu’avec du travail, on peut réussir à mener les deux de front. L’idée était surtout d’inspirer les étudiants.
Je recevais énormément de messages me demandant comment je faisais concrètement pour tout gérer. J’ai donc voulu centraliser toutes mes méthodes dans un guide : organisation, sommeil, alimentation, planification des entraînements…
Il y a aussi beaucoup d’étudiants qui vont commencer l’externat et qui ont peur de ne pas réussir à tout gérer. Ils cherchent souvent quelqu’un à qui s’identifier, pour se dire que c’est possible.
« Le sport m’a aidé à garder la tête froide. Peut-être que sans cela, je me serais noyé dans la masse de travail. »
Diriez-vous que le sport est nécessaire à votre réussite dans vos études ?
Ce sont des études très prenantes, surtout pendant l’externat où tout tourne autour du concours. Mais il est important de ne pas oublier qu’il existe d’autres choses à côté de la médecine. Il faut prendre du temps pour soi, garder des activités, se lancer dans des projets.
On a souvent tendance à se dire qu’on n’a pas le temps, mais c’est possible. En effet, le sport m’a aidé à garder la tête froide. Peut-être que sans cela, je me serais noyé dans la masse de travail.
Pour ne jamais négliger ce temps pour moi, je m’inscris souvent à un triathlon avant de réfléchir à l’organisation. Cela m’oblige à m’y préparer. Les sessions d’entrainement me permettent de me dépenser, m’aérer l’esprit, même après une journée difficile. C’est parfois compliqué d’avoir la motivation mais une fois que j’y suis, je suis fier et je me sens mieux.
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