Robot pour être vrai

Critique de "I'm your man", de Maria Schrader (sortie le 22 juin 2022)

Alma, chercheuse au musée archéologique de Berlin, participe à une expérience scientifique : elle doit rendre un avis éthique sur l'utilisation de robots programmés pour correspondre au partenaire idéal. Problème : Alma n'a plus du tout envie de retomber amoureuse. Le robot Tom réussira-t-il à toucher son coeur ? L'homme n'est-il qu'une machine conditionnée par ses expériences et son environnement social ? En cette semaine de bac philo, vous avez 1h45 !

Hasard du calendrier ? Alors que la semaine dernière Quentin Dupieux nous régalait avec l'histoire d'un homme confronté à une prouesse technologique un peu particulière et à ses revers, pas moins de deux films évoquent cette semaine un sujet proche : l'immixtion dans la vie quotidienne des femmes de compagnons idéaux, partenaires de vie ou allégeurs de charge mentale, dont la particularité est d'être des robots. Plutôt que la comédie franchouille de Xavier Dürringer à propos de L'homme parfait, notre choix s'est porté sur I'm your man, rom'com' allemande délicate explorant les conditions de naissance du désir amoureux à partir d'une expérience scientifique.

Banal, le sujet est transcendé par la délicatesse de portraitiste de la réalisatrice, qui nous avait déjà charmés avec sa série Unorthodox, ainsi que par la sobriété de jeu de Maren Eggert, sa principale interprète, désarmante de sincérité, dont l'ironie défensive est constamment rattrapée par sa fragilité. C'est l'originalité du film que de recycler les codes ultra-balisés de la comédie romantique et de s'en moquer gentiment, tous ces princes charmants sur pellicule n'étant finalement pas si éloignés de la perfection d'un algorithme scénaristique. Ici, l'algorithme est incarné par l'acteur Dan Stevens, héros du Downton Abbey de la première période, et il apporte au robot Tom un flegme particulièrement british qui correspond à la distanciation induite par son artificialité tout autant qu'il lui confère un charme particulièrement humain. 

A partir de questions universelles et déjà largement explorées, ce qui constitue peut-être sa limite, le film propose une relecture du sentiment amoureux à notre époque moderne, à la fois individualiste et connectée, celle où tous nos désirs pourraient être comblés par une vie planifiée comme un programme informatique. Surtout, il nous invite à reconsidérer l'amour comme étant ce qui pourrait échapper à notre condition d'êtres "construits". En confrontant Alma, que la psychorigidité rend désespérément prévisible, à un robot vierge d'expérience humaine qui va peu à peu découvrir sa propre sentimentalité, Maria Schrader inverse subtilement les rôles. Et la conclusion, qui suggère que l'amour ne peut finalement être qu'une "première fois" exempte de tout conditionnement et échappant ainsi à toute conjecture, peut paraître rafraîchissante tout autant que mélancolique : tout dépend finalement de notre lecture d'êtres conditionnés...

Portrait de Guillaume de la Chapelle

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