Robert Molimard

Professeur de physio, ex-chef de service de médecine interne à l'hôpital de Nanterre, créateur du terme « tabacologie » et fondateur de la Société de tabacologie, actuellement membre du collectif Formindep*, il se souvient…

Quelle est la première fois où...

…tu as voulu faire médecine ? J'avais 9 ans. À Clermont-Ferrand, le gentil docteur Baldini s'était occupé de moi. Je l'admirais ! Ma mère, submergée de travail, était enceinte de ma sœur. Comme j'avais déjà assez d'autonomie et ne me sentais pas bien, je décidai seul d'aller chez lui. Je lui ai dit : « j’ai des nausées, je crois que j’ai la maladie de ma mère ». Elle fut plutôt surprise quand il lui apprit la bonne nouvelle !

…tu as examiné un patient ? En première année, on m’a fait tenir la jambe lors d’une amputation. Ça marque un peu…

…tu as voulu faire ta spécialité ? J'avais envie d’être interniste, mais pas comme spécialiste des collagénoses et autres… J’avais envie d’un peu tout savoir sur la médecine. Passionné par Claude Bernard, j’ai fait de la physiologie à la fac. Très manuel, la chirurgie me tentait fort, mais pas se lever à 5 h du matin ! Et c’est finalement ce qui m’a le plus plu !

…tu as eu raison contre ton chef ? Ça ne me dit rien, mais une fois contre mes assistants ! Une Sri Lankaise arrive dans le service. Pas un mot de français. Sa cheville était douloureuse et gonflée. Ils avaient fait tout ce qu’on peut imaginer comme examens, dont une scintigraphie osseuse. Leurs diagnostics partaient en vrille. Je rentrais de vacances. J'apprends qu'elle avait consulté pour un mal de pieds. En bon élève de Stanislas de Sèze, je demande à voir ses chaussures. On lui avait prescrit des soutiens plantaires. Seulement la semelle droite était dans la basket gauche et inversement ! J’ai appelé ça le syndrome de Justin, comme mon petit-fils qui mettait toujours la botte droite au pied gauche !

Et la dernière fois où...

…tu n’as pas su faire ? Tout le temps ! Les malades, c’est compliqué. Je suis le médecin traitant de ma femme, mais j'ai dû récemment passer la main, ne comprenant rien à ses douleurs. Mon maître André Lièvre répétait : « C’est difficile la médecine » ! Il faut en savoir toujours plus, dans des spécialités qui divergent. Je plains les étudiants ! Et la pratique, et le don de savoir, voir et écouter. Et tout est tellement trompeur…

…tu t’es senti touché par une situation ? Surtout par les gens ayant arrêté de fumer après m'avoir vu dans mes consultations hospitalières, que j’ai continué à assurer personnellement jusqu’à il y a peu à Paul-Guiraud à Villejuif. Et aussi ces e-mails disant : « Votre bouquin m’a permis d’arrêter de fumer », de gens que je n'avais jamais vus ! (NDLR : La Fume et Petit manuel de défume).

*« Pour une formation et une information médicales indépendantes »

Portrait de Laurent Teuma
article du WUD 22

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