Renoncez à vos rêves : venez à l’hôpital !

Une campagne de pub fait polémique au Québec

Vous êtes un artiste raté ? Un sportif à la manque ? Ça tombe bien, l’hôpital vous tend les bras… Une polémique venue du froid.

 

Une fois n’est pas coutume, c’est une chicane qui nous vient du pays de Justin Trudeau. Le ministère de la Santé et des services sociaux du Québec a lancé une campagne de pub pour susciter les vocations. Son titre : « Deviens expert en humains ». Avec un message très second degré.

Une première pub figure un ado qui veut devenir basketteur pro. « Mais j’aime aussi aider les gens : je pourrais travailler en santé ». Et le futur infirmier de rater lamentablement son panier… (Voir ci-dessous.) Une seconde capsule présente une future chanteuse qui braille comme une huître – tout à fait mûre pour une carrière dans le social…

Nul doute que le public cible, les jeunes de 15 à 24 ans, va se cramper de rire. Mais l’opération semble avoir fait du trouble du côté des professionnels, qui ont l’impression qu’on les prend pour des valises.

Et ça s’ostine à qui mieux mieux

« Qu’est-ce que ça envoie comme message ? Que si t’es poche dans ce que tu rêves de faire, tu devrais venir en santé », s’insurge Jeff Begley, président de la Fédération de la santé et des services sociaux. « Si chu trop nutte, que je réussis pas au basket, ben je vais aller en santé ? », s’étrangle Régine Laurent, présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec.

Du côté du ministère pourtant, pas question de s’enfarger dans les fleurs du tapis. D’autant que la joke a coûté quelques 250 000 dollars. « Moi je trouve que c’est une belle campagne », a insisté le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, qui est aussi radiologue. « Les syndicats, c’est les syndicats… »

Péter la balloune ou pas ?

Pas d’humour, les syndicats ? Pour Stéphanie Kennan, spécialiste en marketing web qui s’exprime sur le site Les Affaires, on est face à une campagne botchée. « L’approche "laisse-moi péter ta balloune" est complètement contre-productive », estime-t-elle, rappelant qu’on ne présente jamais son produit « comme un deuxième choix ».

Et ce d’autant que la pub vise à recruter des infirmiers, paramédicaux ou travailleurs sociaux. Pas des toubibs. « Si on avait fait ce même genre de publicité pour les médecins, est-ce que M. Barrette (le ministre, ndlr) aurait laissé passer ça ? », s’interroge Régine Laurent, décidément en câlice.

Et vous ? Vous êtes allés en Paces parce que vous étiez des tanches au basket ?

 
 

Source: 

Yvan Pandelé

Portrait de La rédaction

Vous aimerez aussi

Démenti des idées recues
Presse auscultée. Les hôpitaux sont saturés dans le nord de l’Italie (Lombardie, Piémont...), tandis que les médecins sont appelés à privilégier ceux...
De la Belgique au Canada, la France n'est qu'une étape

Le gros dossier

 

Le magazine What’s Up Doc est édité par l’agence Planète Med.