Quel look faut-il adopter pour être un bon médecin ?

Dr House aurait-il fait autant de brillants diagnostics s’il avait été chauve (et prognathe) comme votre patron ? Lâchez Vogue, GQ et Science, c’est What’s up Doc qui donne le la de la tendance médicale automne/hiver 2016-2017.

Trente-cinq saisons d’Urgences et de Grey’s Anatomy confondues l’ont bien ancré dans les esprits : le physique des physicians serait la pierre angulaire de la relation médecin/malade. Avec des externes au physique de séries américaines, la visite n’aurait-elle pas un peu moins une allure de chemin de croix, tous les matins ? Les patients themselves ne préféreraient-ils pas un(e) sexy-mais-écervelé(e) Dr Mamour(e) à un affreux petit troll savant parfumé au « Rat de bibliothèque » ?

White is the new black 

Lecteur au physique ingrat (ou pire, au look « fin de soldes Desigual »), pas la peine de demander sa radiation au Conseil de l’Ordre pour éviter la Fashion Police ! En effet, quand le style de certains confrères laisse songeur et que le triptyque « chemisette à carreaux-chaussettes blanches-chaussures bateau » ajoute encore un peu de sinistre au mur couleur pêche de l’hosto, qu’en pensent les patients ? Thank God, il y a la blouse !

En passant 11 000 patients dans une méta-analyse à faire pâlir le fichier client de votre H&M préféré, Petrilli et al1 donnent la réponse : nothing tastes as good as the blouse2. La majorité des interrogés ont répondu que la tenue a un impact majeur dans l’appréciation qu’ils ont de la qualité de leur médecin. Et c’est un véritable plébiscite pour la blouse et/ou la tenue « habillée » (i.e. chemise, veste ou tailleur – mais jeans prohibés).

La blouse attribue de la compétence, et donne confiance en celui qui la porte, toutes qualités comparables par ailleurs. De même, les patients évoqueront plus volontiers des sujets pas très « glamour », voire carrément gênants, comme leur santé sexuelle ou psychique, avec un doc blousé plutôt qu’un Jo-l’As-de-Pique.3

Pas glop, il semblerait que le machisme soit encore très présent, puisque la compétence des doctoresses est plus jugée à l’aune de leur tenue que celle de leurs confrères3.

« Ah, non, mais là on dirait un frigo, ma chérie ! 4 »

Toute bonne fashionista vous le dira : l’essentiel est dans l’accessoire. Mais que porter avec sa it-blouse ? Les must-have du docteur sont le stéthoscope et le badge (c’est la cadre de service qui va être contente) ; les don’t les sandales, les sabots (coucou les anesthésistes en Crocs) et les tennis3.

Référence en matière de conservatisme mode, les Italiens disent « no » aux tenues « branchées », aux cheveux longs (adieu le man bun) et au maquillage « excessif » pour leur dottore5.

Come As You Are (Not)

Aux yeux de nos pairs (et de nos mères), le classicisme est toujours plébiscité : blouse ou tenue distinguée sont les deux mamelles de relations confraternelles vestimentairement apaisées6. Lecteurs au style « neo-grungy » ou « punky-chic », gare à vous ! Les tatoos et autres piercings sont jugés largement « inappropriés » et la majorité des confrères n’aimeraient pas travailler avec un amateur du body art, aussi sympathique et compétent soit-il.

C’est la fonctionnalité de la blouse, plus que son design, qui est louée par les médecins. Pour quelles raisons ? Parmi les plus citées : se reconnaître, porter des stylos de labos et protéger ses vêtements6. Faire du charme au Relais H ou payer son jambon-beurre rance au tarif « personnel » n’est étonnamment pas mentionné.

Alors, publi dans le New England ou tenue appropriée, à vous de choisir comment upgrader votre Med’ Cred’ 7.

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Sources

1. Petrilli et al. Understanding the role of physician attire on patient perceptions. BMJ Open. 2015.
2. Moss K. "Nothing tastes as good as skinny feels." Women's Wear Daily, 2009.
3. Rehman et al. What to wear today ? Effect of doctor's attire on the trust and confidence of patients. Am J Med. 2005.
4. Cordula C. Les Reines du shopping. M6, 2014.
5. Sotgiu et al. Evidence for preferences of Italian patients for physician attire. Patient Prefer Adherence. 2012.
6. Kazory A. Physicians, their appearance, and the white coat. Am J Med. 2008.
7. Medical Credibility. Oui, cet article est bourré d’anglicismes, you know la faïshon ne connaît pas de frontières.

Portrait de Jean-Victor Blanc
article du WUD 28

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