Psychiatre « Medical Advisor » pour les laboratoires Lundbeck

Entretien avec Nicolas Bruno, psychiatre « Medical Advisor » pour les laboratoires Lundbeck.

SOUVENIRS SOUVENIRS

Nicolas, quel est ton premier souvenir d’interne ?
Mon premier choix de stage ! J’étais dans une nouvelle ville, je découvrais de nouvelles personnes. Une petite promo de 12 internes. Je pensais que ce choix allait déterminer beaucoup de choses et j'avais l’impression de rentrer dans la cour des grands. J’étais assez ému et sous pression !

Le souvenir de ton premier jour d’interne ?
Mes co-internes avaient fait le choix de passer une semaine d’immersion dans le service avant le premier jour d’internat,  mais pas moi. Je voulais  respecter ce jour très symbolique de la prise de fonction. J’étais à la fois très enthousiaste et très serein, et je me disais qu’il n’y avait pas forcément besoin d’anticiper les choses. Au final il a fallu tout me ré-expliquer parce que mes co-internes étaient là depuis une semaine... mais ils l’ont fait avec beaucoup de bienveillance !

Ton meilleur souvenir de garde ?Celui qui me revient, c’est une garde de nuit blanche aux urgences générales. Je me retrouve avec le senior à 6h du matin à l’internat, à se raconter nos vies, et  à se dire que c'est passionnant, qu’on  a aidé plein de gens cette nuit-là. C’est un senior qui m’a vraiment accompagné, LE compagnonnage tel qu’on l'attend en médecine. Et j’avais le sentiment agréable que malgré la différence d'âge et de parcours, on faisait bien partie du même groupe, du même clan.

Et qu’as-tu préféré pendant ton internat ?
La rencontre avec certains praticiens qui avaient à cœur de transmettre plus que de nous apprendre la médecine, ce qui est beaucoup plus compliqué en réalité. Je me souviens de seniors qui savaient nous projeter dans des situations de prise de décisions, tout en veillant à assurer un sentiment de sécurité. Au final, ce sont ces rencontres les plus constructives qui font mûrir ! Et, puis bien sûr, les moments passés avec mes co-internes. Dans l’ensemble, que l’on partage des situations heureuses ou très difficiles, cela tisse des liens particuliers, des relations à vie !

Qu’est-ce qui t’a le plus déplu ?
Finalement, il y a une place toute relative pour créer un parcours qui soit singulier. J’ai essayé de personnaliser le mien, et cela a été un parcours du combattant ! Je trouve que les initiatives ne sont pas forcément valorisées, les mobilités sont même freinées. Cette idée de singularité pour soi manquait, tout comme celle d’un enseignement fort de la psychiatrie populationnelle. Nous avons trop tendance à ne nous attacher qu’aux aspects de la relation singulière au patient, alors que des enjeux majeurs doivent être partagés avec la santé publique, également en psychiatrie.

Et tu te souviens d’un patient qui t’a marqué en particulier ?
Oui, un homme d’une cinquantaine d’années en réanimation que je voyais en psychiatrie de liaison : un tableau clinique de psychose jamais traitée comme au début du siècle dernier, avec une schizophasie, des postures incroyables et
un physique vraiment détérioré. Les soignants le regardaient avec des yeux étonnés, parfois même avec une attitude de rejet. Il y avait quelque chose de quasi monstrueux chez ce patient. Les actions thérapeutiques étaient limitées. Mais après avoir passé un certain temps auprès de lui, j'ai eu le sentiment d’avoir saisi une communication non verbale complexe, l’impression qu’un lien s’était créé. Il m’a vraiment marqué, parce que je me suis dit que c’était ça aussi notre métier, une certaine tolérance.

Alors, pour l’avenir tu prévois quoi ?
Continuer à trouver une satisfaction de tous les instants dans mon métier, ne jamais tomber dans la routine ! Je suis entré depuis un an dans l’industrie. Je n’étais pas préparé à assurer mes nouvelles fonctions et j’ai dû m’y consacrer entièrement. J’aurai peut-être à me poser rapidement la question d’une activité clinique, même limitée. Maintenant ou demain, j’ai à cœur de pouvoir faciliter le dialogue de la psychiatrie avec ses différentes sources. J’ai contruis mon parcours comme cela, en allant travailler avec des philosophes et des chercheurs en sciences cognitives. Je crois beaucoup en un rapprochement de toutes les écoles de pensée. Alors, l’avenir écrira la suite…

LA LECON

Si tu avais un message pour les plus jeunes d’entre nous, tu penserais à quoi ?
Eh bien de toujours garder en tête que l’on fait de son métier ce que l’on souhaite en construire. C’est vrai qu’en médecine, les parcours sont très encadrés, c’en est presque infantilisant. On reste très (trop ?) longtemps élève et d’autres décident pour nous ce qu’il est bon de faire. Je pense qu’on a du mal à sortir de cette position, du mal à se projeter en fait. Mais il le faut ! Je dirais que, dans l’espace de liberté qu’il nous reste, il faut choisir par soi-même. Allez au bout de ce que vous pensez bon pour votre formation. Et surtout, n'ayez jamais peur d’explorer des voies transversales et d’aller voir ce qui se passe ailleurs !

Portrait de Lisa Camus
article du WUD 19

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