Prix des médicaments : gueuler or not gueuler ?

Le nouveau dilemme des médecins

La plus importante association de médecins américains vient de dénoncer le prix de l’EpiPen, un antihistaminique commercialisé par Mylan. Cette prise de position symbolise une nouvelle tendance mondiale : face aux tarifs des labos, les praticiens ont de plus en plus tendance à l’ouvrir.

 

Commençons par une petite devinette. Quel médecin a dit : « Des vies sont en jeu, et nous exhortons [Mylan] à maîtriser ses coûts exorbitants » ? Irène Frachon ? Patrick Pelloux ? André Grimaldi ? Pas du tout ! C’est le Dr Andrew Gurman, président de la plus grande organisation de professionnels aux États-Unis : l’American Medical Association (AMA). Il semblerait bien que la contestation du prix des médicaments, loin d’être réservée aux médecins militants, soit en train de devenir mainstream aux Etats-Unis, mais pas seulement.

Le coup de gueule d’Andrew Gurman intervient dans le cadre d’une polémique sur l’EpiPen, antihistaminique injectable dont le prix est passé outre-Atlantique de 100 dollars en 2007 à plus de 600 dollars aujourd’hui. Une hyper-inflation dénoncée par Hillary Clinton elle-même, ce qui a donné à l’affaire un retentissement international. « Les EpiPens peuvent faire la différence entre la vie et la mort », tweetait la candidate démocrate à la Maison-Blanche la semaine dernière. « Il n’y a pas de justification à ces hausses de prix ».

Quand Big Pharma recule face aux médecins

Face à l’assaut combiné des médecins américains et de l’ancienne first lady, le laboratoire Mylan, qui commercialise l’EpiPen, a reculé. Il a annoncé en fin de semaine qu’il allait étendre son programme d’assistance aux patients les plus défavorisés. Ce programme permet de diminuer de 50 % le coût du produit pour ceux qui en bénéficient.

Les respectables médecins de l’AMA ne sont pas les seuls praticiens à donner de la voix contre les prix pratiqués par l’industrie pharmaceutique. On se souvient qu’il y a six mois, les Pr Jean-Paul Vernant et Dominique Maraninchi avaient lancé un appel co-signé par 110 médecins pour réclamer la maîtrise du coût des nouveaux anti-cancéreux. Une initiative qui n’avait pas été du coût de tout le monde dans la communauté médicale : le texte des deux éminents cancérologues avait été violemment attaqué, notamment par le Pr Guy Vallancien.

120 000 euros le cancer

Encore plus proche de nous, l’association Médecins du monde avait créé la polémique en juin dernier avec une campagne d’affichage (en partie censurée) qui égrenait les phrases-choc à l’encontre des tarifs pratiqués par les labos : « Bien placé, un cancer peut rapporter jusqu’à 120 000 euros », pouvait-on par exemple lire sur les affiches élaborées par l’association humanitaire.

Une manière de présenter les choses qui avait à l’époque divisé les jeunes médecins, du moins ceux de la rédac’ de What’s up Doc. Alors que certains jugeaient l’opération « populiste », d’autres lui reconnaissaient au moins un mérite : poser le débat. Et comme tout porte à croire que le sujet reviendra dans l’actualité prochainement, les prochains comités de rédaction risquent d’être animés !

Source: 

Adrien Renaud

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