Pour relancer le système de santé, gagnons la course à l'innovation

« Gagnons la course à l’innovation ». Publiée par l’Institut Montaigne ce dimanche, cette note au nom évocateur donne des pistes pour permettre au potentiel du système de santé français (d’enfin) rayonner.

Il faut réenchanter le système de santé français grâce à l’innovation. Voilà l’un des messages que souhaite transmettre l’Institut Montaigne. Une conviction, née des épreuves que le secteur a traversé pendant la crise sanitaire, que ce think tank indépendant formule dans une longue note baptisée « Gagnons la course à l’innovation ». « À travers cette note, l’Institut Montaigne souhaite appeler les pouvoirs publics à opérer un véritable changement de paradigme sur la manière de piloter notre système de santé », précise cet institut indépendant.

Cela fait un an que le visage de la France est déformé par la pandémie. Une période inédite qui a permis de dévoiler les failles désormais criantes de notre système de santé. « Pénurie de masques, difficultés d’approvisionnement en produits de santé, capacités d’accueil limitées, difficulté de l’écosystème industriel et de la recherche français à développer un vaccin contre la Covid-19 », énumère sobrement le think tank. Pour répondre à l’urgence, l’innovation est apparue comme une solution. « De nombreux verrous réglementaires ont sauté pour permettre la continuité des soins », commente Laure Millet, responsable du programme Santé de l’Institut. À l’heure où la santé est devenue la préoccupation principale des Français, l’Institut Montaigne en est convaincu : les autorités publiques ne pourront plus faire l’économie de cette thématique cruciale. « Une crise d’une telle ampleur ouvre une fenêtre de tir inédite, avec en ligne de mire le Conseil stratégique des industries de santé (CSIS) 2021, la présidence française de l’Union Européenne et la prochaine élection présidentielle en 2022 », précise l’Institut Montaigne, qui ne perd pas de vue le calendrier politique.

La santé, une filière économique à part entière

Pour redonner toute son attractivité au système de santé français, un grand chantier doit être entrepris. À commencer par la manière dont il est perçu à l’échelle nationale. « On doit cesser de considérer le système de santé comme une source de coûts, mais comme une filière économique à part entière », assure Laure Millet. 12,3 % du PIB, 2 millions d’emplois tout secteurs confondus… Chiffres à l’appui, l’Institut Montaigne l’assure : la santé est un secteur économique de premier plan. Et moteur de croissance, qui plus est. « Évalué entre 2,2 et 3 milliards d’euros en 2016, le marché de la santé numérique en France pourrait fortement se développer. […] Le cabinet McKinsey a réalisé un chiffrage sur le potentiel de création de valeur de la e-santé en France, lequel pourrait se situer entre 16 et 22 milliards d’euros par an, si une stratégie e-santé était pleinement déployée », peut-on lire dans la note.

À l’échelle nationale et régionale, repenser la gouvernance 

Un changement de paradigme qui pourrait être facilité par une modification de sa gouvernance. « L’État doit devenir un garant, et non plus un gérant », assure Laure Millet. Et pour cause, la multiplicité des acteurs, allant de Bercy au Ministère de la Santé, en passant par les directions générales ou encore l’assurance maladie,  nuit au pilotage stratégique de la filière de la santé. « En clair, les missions du ministère de la Santé semblent être essentiellement concentrées sur l’organisation des soins (…) mais pas suffisamment sur l’accompagnement des acteurs économiques », précise la note. Pour redonner à la filière de « réels moyens d’action », l’Institut Montaigne préconise donc « une réorganisation profonde de l’administration en santé ». Un grand chantier qui doit donner naissance à une seule administration chargée de fédérer les initiatives d’innovations du ministère tout « en assurant la coordination et la cohérence de l’ensemble des démarches d’innovations ». Sur le modèle de ce qui a été entrepris pour la Défense, l’Institut Montaigne fixe donc trois grandes lignes de travail :

  • équiper nos personnels soignants et établissements de santé des meilleures innovations technologiques et thérapeutiques ;
  • préparer l’avenir du système de santé en anticipant les besoins et les risques ;
  • promouvoir à l’international l’excellence et le savoir-faire de notre filière santé française.

Et la responsable Santé de l'Institut Montaigne de commenter : 

« Ça pourrait simplifier le dialogue entre la multiplicité d’acteurs publics. Cet appareil administratif fixerait les grandes orientations. Et on peut laisser les acteurs de terrains répondre à ces dernières ».

Pour l’Institut Montaigne, il n’y a en effet pas de doute : à la lumière de la porosité qui a été observée pendant la crise, il est nécessaire d’impliquer tous les acteurs, publics comme privés, dans la rénovation du système de santé français. « Aujourd’hui, nous avons de nombreux acteurs du secteur privé qui proposent des outils numériques adaptés aux besoins des professionnels de santé. Ce sont des collaborations très fructueuses », explique Laure Millet. Et de poursuivre : « En permettant à l’innovation d’entrer dans le système de santé français, on va gagner en efficacité et en efficience ». Un échange de compétences qui pourrait notamment s’épanouir à l’échelle régionale. « On a toute une recommandation sur la nécessité de développer des pôles de compétitivité régionaux », indique Laure Millet. Selon le think tank, permettre la mise en réseau des acteurs de la filière de santé de proximité pourrait permettre de créer des éco-systèmes capables d’accélérer le développement des innovations. « Acteurs de proximité, ils peuvent échanger plus facilement. L’enjeu de la confiance est clef dans ces problématiques », explique la responsable. 

Permettre aux professionnels de santé de se l’approprier

Mais si l’innovation, c’est bien. S’en servir, c’est mieux. « La transformation numérique du système de santé doit passer à la fois par l’équipement en nouveaux outils (matériel informatique, services numériques, etc.) mais aussi par l’accompagnement des nouveaux usages », explicite le think tank. Pour se faire, l’Institut Montaigne préconise notamment d’inciter largement les professionnels de santé à s’y intéresser. Un ligne de conduite qui doit passer par le remaniement du forfait structure. « Par son montant comme par son contenu, le forfait structure peine à convaincre les professionnels de santé. Il représente un apport trop faible qui ne permet pas aux professionnels de s’équiper d’outils technologiques innovants et à forte valeur ajoutée », explicite l’Institut Montaigne. À la place donc, un forfait innovation comprenant une incitation à l’équipement, à l’usage mais également aux résultats. « La télé-médecine ne remplace pas tout, mais elle permet de rationaliser le parcours de soins », plaide Laure Millet, qui décèle dans les nouvelles technologies une voie de résurrection pour le système de santé français.

Et l’Europe, dans tout ça ?

Pour permettre au système de santé français d’exceller, l’Institut Montaigne préconise également de s’appuyer largement sur l’Europe des données. Parmi leurs propositions :

Créer un BARDA (Biomedical Advanced Research and Development Authority) européen

Cette entité tout droit venue des États-Unis est chargée d’anticiper les risques et de protéger la population contre les menaces d’ordre chimique, biologique, radiologique, nucléaire ou encore infectieux.  « La création d’un BARDA européen me semble importante », atteste Laure Millet. Cela, afin d’initier « une véritable stratégie de développement de la filière santé » pour mieux coordonner les réponses face aux crises sanitaires. « Chaque pays a un rôle à jouer en tant que nation. Ce partage d’expérience pourrait notamment nourrir la manière dont on construit la stratégie sanitaire européenne - notamment au niveau des stocks », détaille-t-elle.

Créer un espace européen des données de santé

Déjà initié par la Commission européenne, ce travail pourrait permettre de constituer des registres de données de vie réelle afin d’élargir les populations étudiées. « Ces données pourront contribuer à améliorer l’offre de soins, soutenir la recherche et créer des politiques de santé publique plus efficaces », détaille la note. Et de poursuivre : « De manière très concrète, cet espace européen des données pourrait sélectionner 3 à 5 maladies chroniques parmi les plus répandues en Europe et organiser une conférence de consensus avec des associations de patients et professionnels de santé afin de fixer des indicateurs de qualité à partager et comparer entre tous les États-membres ».

Créer les conditions d’une évaluation européenne des technologies de santé

Au travers de sa note, l’Institut Montaigne plaide pour la création d’une Health Technology Assessment européenne (HTA). Comprendre, une agence chargée d’évaluer les technologies de santé à l’échelle européenne. « Il peut être bénéfique pour les différents pays et entreprises de faire des efforts conjoints afin de mutualiser les dépenses de fonctionnement, de simplifier encore les procédures et de mieux se concerter », indique la note. Et d’ajouter : « Une HTA européenne simplifierait les procédures pour les acteurs industriels et irait dans le sens d’une meilleure coordination des politiques de santé au niveau européen », poursuit la note.

« La santé doit rester une compétence nationale », précise Laure Millet. Une vision qui ne l’empêche pas de penser que le système de santé français a beaucoup à gagner d’une collaboration européenne.

 

Source: 

Institut Montaigne - Gagnons la course à l'innovation 

Portrait de Julia Neuville

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