Plan d’action pour l’hôpital : la psychiatrie lance un SOS

À 24 heures de l’annonce du plan d’action pour l’hôpital du gouvernement, le monde de la psychiatrie tire la sonnette d’alarme. Sous la forme d’un communiqué signé par une vingtaine de représentants des acteurs de la psychiatrie. Mais aussi d’une lettre ouverte du Collectif des psychiatres publics de la Haute-Garonne envoyée à Agnès Buzyn le 12 novembre dernier.

« Les déclarations du Premier ministre pour l’ensemble du système de santé ne devront pas faire l’impasse sur les graves difficultés de la psychiatrie », ont mis en garde une vingtaine de représentants des acteurs de la psychiatrie (syndicats, praticiens, psychiatres, psychologues... (1)), dans un communiqué publié le 18 novembre, soit à 48 heures de l’annonce d'un plan d’action pour l’hôpital du gouvernement.  
 
Les signataires rappellent que les difficultés de la psychiatrie ont déjà fait l’objet d’une alerte d’urgence républicaine le 12 septembre 2018, d’une proposition de dix mesures urgentes le 8 novembre 2018, ainsi que d’une demande de rencontre auprès du président de la République le 12 mars dernier, qui est restée sans réponse.
 
C’est la raison pour laquelle « un nouveau rendez-vous manqué avec les professionnels de la psychiatrie publique et les représentants des patients et de leurs proches serait un signal extrêmement grave et très lourd de conséquences dans le climat actuel », poursuivent les signataires qui désirent « enrayer la logique de constante dégradation de la qualité des soins auprès des patients et de leurs proches ».

Ce communiqué fait suite à la lettre ouverte du Collectif des psychiatres publics de la Haute-Garonne envoyée à Agnès Buzyn le 12 novembre dernier. Les 96 psychiatres signataires du courrier expliquent qu’ils sont confrontés « à l’impossibilité d’assurer leurs missions de soins auprès du public [et] se voient contraints de partager le « dégât des lieux » de la situation locale ». Et ont lancé la pétition « Sauvons la psychiatrie publique en Haute-Garonne » pour se faire entendre
 
Selon le collectif, aussi ambitieux qu'ils puissent l'être, la feuille de route « Santé mentale et Psychiatrie » et plus globalement du plan « Ma santé 2022 » se heurtent  aux réalités de leur territoire. « Les équipes de secteur qui assurent depuis près de cinquante ans, sur le principe de la responsabilité géo-populationnelle, l’accès et la continuité des soins en santé mentale, se retrouvent confrontées sur notre département aux plus grandes difficultés pour accomplir leurs missions », déplore la lettre.
 
D’après les psychiatres, la Haute Garonne se caractérise par un double mouvement : « d’une part sa métropolisation autour de Toulouse et d’autre part son explosion démographique (+ 49% d’habitants en 20 ans) ». Par ailleurs, le département compte 8 secteurs de psychiatrie publique depuis 25 ans. Mais ces secteurs, « initialement pensés et dotés de moyens pour assurer les missions de santé mentale pour une population de 75 000 habitants sont confrontés actuellement aux besoins de soins d’une population de 170 000 habitants sans aucun ajustement des moyens », poursuit le collectif.

3 à 4 mois d’attente pour un rendez-vous

Conséquences : la réalité des habitants de la Haute Garonne est la suivante selon les psychiatres :
- 3 à 4 mois d’attente pour un rendez-vous avec un psychiatre en Centre médico psychologique (CMP), tout en sachant qu’un nombre croissant de CMP ne prend plus de nouveaux patients par manque de psychiatres et d’infirmiers.
- Aucune réactivité ni intensification de suivi possible lors de l’émergence d’une crise (suicidaire, délirante...) par manque de rendez-vous disponibles.
- Les familles sont confrontées à des délais de soins pour leurs enfants de plus d’un an, deux ans d’attente pour une place en Hôpital de Jour et les soins proposés y sont dégradés.
 
L’inadéquation des moyens face à l’afflux de population nécessitant des soins a donc conduit à « une inévitable asphyxie de tous les dispositifs de soins et, à l’image de tant d’hôpitaux, à la cristallisation de cette détresse autour de l’unique service d’urgence psychiatrique du département », poursuit le collectif qui ajoute :
 
« De mois en mois, des soignants pourtant très engagés dans les missions publiques renoncent à celles-ci devant l’impossibilité d’accomplir leur travail, la situation ici étant irrespirable et fragile ».
 
Les psychiatres signataires espèrent donc que leur courrier permettra d’attirer l’attention de la ministre de la Santé « sur la perte de chance et l’inégalité de l’accès aux soins psychiatriques sur notre territoire et l’inquiétude que nous exprimons pour la continuité de l’exercice de nos missions auprès du public. »
 
Comme la vingtaine de représentants des acteurs de la psychiatrie, ils devraient donc regarder de près l’annonce du plan d’action du gouvernement qui risquerait de faire beaucoup de déçus s’il n’est pas à la hauteur des enjeux… Emmanuel Macron est prévenu…
 
(1) Liste de signataires :
Sadek BELOUCIF, président du Syndicat National des médecins, chirurgiens, spécialistes, biologistes et pharmaciens des Hôpitaux Publics (SNAM-HP)
Marc BETREMIEUX, président du Syndicat des Psychiatres des Hôpitaux (SPH)
Rachel BOCHER, président de l'Intersyndicale des Praticiens Hospitaliers de France (INPH)
Stéphane BOURCET, président de l’Intersyndicale de la Défense de la Psychiatrie Publique (IDEPP)
Michel DAVID, président de la Fédération Française de Psychiatrie (FFP) et de l’Association des Secteurs de Psychiatrie en Milieu Pénitentiaire (ASPMP)
Claude FINKELSTEIN, présidente de la Fédération Nationale des Associations d’usagers en Psychiatrie (FNAPSY)
Thierry GODEAU, président de la Conférence nationale des Présidents des Commissions Médicales d’Etablissement de Centres Hospitaliers
Pascal MARIOTTI, président de l'Association des Etablissements du service public de Santé Mentale (AdESM)
Marie-Rose MORO, présidente du Collège National des Universitaires de Psychiatrie
(CNUP)
Gladys MONDIERE et Benoit SCHNEIDER, co-Présidents de la Fédération Française des Psychologues et de Psychologie (FFPP)
Christian MÜLLER, président de la Conférence nationale des Présidents de Commissions Médicales d’Etablissement de Centres Hospitaliers Spécialisés
Renaud PEQUIGNOT, président d’Avenir Hospitalier
Annick PERRIN-NIQUET, présidente du Comité d’Etudes des Formations Infirmières et des Pratiques en Psychiatrie (CEFI-Psy)
Marie-Jeanne RICHARD, présidente de l’Union Nationale de Familles et Amis de personnes malades et/ou handicapés psychiques (UNAFAM)
Norbert SKURNIK, président de la Coordination Médicale Hospitalière (CMH)
Jacques TREVIDIC, président de la Confédération des Praticiens Hospitaliers (CPH)
Michel TRIANTAFYLLOU, président du Syndicat des Psychiatres d’Exercice Public (SPEP)
 

Portrait de Julien Moschetti

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