Michèle Delaunay : un médecin tombé en politique

Médecins en politique, épisode 4

Dans la famille des médecins impliqués en politique, je demande… la forte tête. Michèle Delaunay, ancienne patronne de l’unité de cancéro cutanée au CHU de Bordeaux, députée PS et ancienne ministre, a reçu What’s up Doc au palais Bourbon.

A peine entrés dans le bureau du Dr Michèle Delaunay, nous constatons qu’elle n’a pas usurpé sa réputation de députée franche du collier. « Je ne vous dis pas un mot si vous ne parlez pas de l’Appel des 100 000 contre le tabac », nous déclare celle qui est aussi présidente de l’Alliance contre le tabac avant même que nous soyons assis. Ayant promis de parler de l’initiative (non pas pour lui plaire, mais parce que c’est intéressant), nous avons gagné le droit de converser quelques instants avec elle pour évoquer son parcours de médecin ayant glissé dans la politique.

Enfin, « glisser » n’est pas le terme exact. « Tomber » serait plus approprié. Quand elle a été élue au palais Bourbon en 2007, Michèle Delaunay n’avait en effet qu’une expérience politique limitée. Six ans auparavant, elle n’était même pas membre du Parti socialiste (PS).

Personne ne croyait que je serais élue

Mais elle a su faire son trou dans la politique locale bordelaise, tout en donnant la priorité à l’unité de cancérologie cutanée qu’elle avait montée au CHU. Conseillère municipale en 2001, conseillère départementale en 2004, et députée en 2007... C'est à ce moment-là que sa vie a basculé. « Personne ne croyait que je serais élue », se souvient-elle.  « Je disais pour ma part que nos chances s’élevaient à 5 %. »

Pour la praticienne, cette élection est un changement drastique. Elle estime qu’il n’est pas possible pour elle de mener cette nouvelle carrière de front avec sa vie hospitalière. Jongler entre le conseil municipal ou départemental et les consult’ au CHU, elle avait déjà donné en tant qu’élue locale.

Mon successeur a eu le poste avec cinq ans d’avance

« J’étais toujours coupable : soit je ratais une séance importante au conseil, soit j’étais en retard pour mes scanners », regrette-t-elle. En toute logique, elle en tire les conclusions. « J’avais 60 ans et un successeur tout désigné : il a eu le poste avec cinq ans d’avance », sourit-elle.

Michèle Delaunay estime qu’elle n’aurait pas sauté le pas si elle n’avait pas été proche de la retraite. « En médecine, si vous vous arrêtez cinq ans, vous n’êtes plus dans le coup », explique-t-elle. Alors elle se donne corps et âme à son nouveau métier. Après cinq ans passés dans l’opposition, elle obtient un maroquin dans la nouvelle majorité de 2012 : celui des Personnes âgées et de la Dépendance.

Je garde « dépendance » si Touraine est ministre de la « Maladie »

Preuve de son opiniâtreté, elle exige que le nom de son ministère soit rebaptisé. « Je garde "Dépendance", si Touraine est ministre de la "Maladie", et Sapin, du "Chômage"», déclare-t-elle à l’époque. Elle sera entendue, et deviendra ministre déléguée aux Personnes âgées et à l’Autonomie.

Débarquée deux ans plus tard d’une manière assez peu élégante, elle ne perd rien de son énergie, qu’elle consacre notamment à la lutte contre le tabac. En nous quittant, elle se précipitait d’ailleurs à un rendez-vous avec ses meilleurs ennemis : les buralistes.

Et dans tout ça, la médecine ne lui manque-t-elle pas un peu ? Quand on lui pose la question, Michèle Delaunay prend une longue inspiration avant d’avouer, en secouant la tête, qu’elle n’a jamais réussi à remettre les pieds au CHU. « C’est bien que ça me manque quand même », soupire-t-elle.

Crédit photo : A. Tchia

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What’s up Doc a entamé une série de portraits sur les médecins en politique.
- Pour lire le premier épisode sur Bernard Jomier, généraliste et adjoint écolo à la maire de Paris, c’est par ici.
- Pour lire deuxième épisode sur Jacqueline Fraysse, cardiologue et députée Front de gauche, c’est par là.
- Et pour lire troisième épisode sur Bernard Accoyer, cardiologue et député Les Républicains, c’est par là.

Source: 

Adrien Renaud

Portrait de La rédaction

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