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Selon une enquête du Washington Post, certains patients décrivent une forme d’anhédonie — une diminution de la capacité à ressentir du plaisir — affectant des activités quotidiennes comme la musique, le sport ou les relations sociales. « Comme si vous essayiez d’être enthousiaste sans pouvoir vraiment vous connecter à ce que vous ressentez », explique ainsi une patiente de 51 ans interrogée par le quotidien américain.
Des médecins disent observer ces retours de manière encore limitée mais suffisamment récurrente pour justifier une attention accrue. « Ce n’est pas généralisé, mais cela revient assez souvent pour qu’on s’y intéresse », résument-ils.
Un effet encore mal élucidé
À ce stade, les données scientifiques restent fragmentaires. Les effets métaboliques des GLP-1 sont bien documentés, mais leur impact psychique demeure peu étudié.
À l’inverse de ces signalements, plusieurs travaux récents suggèrent des bénéfices sur la santé mentale. Une étude publiée en avril dans The Lancet, portant sur environ 95 000 patients, associe le sémaglutide à une diminution du risque d’aggravation de la dépression, de l’anxiété, des troubles liés aux substances et de l’automutilation — sans établir de lien de causalité.
De même, une analyse publiée en mars dans le BMJ, basée sur des données de plus de 600 000 patients du système des anciens combattants américains, met en évidence une baisse des overdoses, des hospitalisations et des décès liés aux substances sous GLP-1.
Les laboratoires pharmaceutiques concernés, Novo Nordisk et Eli Lilly, affirment de leur côté que l’anhédonie « n’est pas actuellement répertoriée comme effet indésirable » dans les données disponibles.
Le rôle suspecté de la dopamine
Parmi les pistes explorées, les chercheurs s’intéressent au système de récompense cérébral, et notamment à la dopamine.
« Une explication simple serait que ces médicaments atténuent l’activité des régions du cerveau liées au plaisir », avance Daniel Drucker, chercheur en endocrinologie à Toronto, cité par le Washington Post. Ce mécanisme pourrait expliquer à la fois la réduction de l’appétit — le fameux « food noise » — et une diminution plus générale de la motivation.
Des travaux expérimentaux chez l’animal suggèrent des effets complexes, parfois contradictoires, sur les circuits de récompense. Certains résultats indiquent une réponse atténuée aux stimuli gratifiants, d’autres une satisfaction plus rapide, conduisant dans les deux cas à une baisse du désir.
Pour les cliniciens, la question reste celle du dosage. « Nous voulons suffisamment de dopamine pour continuer à apprécier ce que nous aimons », souligne le médecin Spencer Nadolsky.
Des effets potentiellement réversibles
Dans plusieurs cas rapportés, les symptômes semblent s’atténuer après une réduction de dose. Certains praticiens évoquent également l’utilisation d’antidépresseurs ciblant la dopamine pour corriger ces effets.
Les témoignages restent toutefois difficiles à interpréter, car la perte de poids elle-même modifie profondément le rapport au corps, aux habitudes et à l’environnement social.
Pour les chercheurs, l’enjeu est désormais de distinguer ce qui relève d’un effet pharmacologique direct, d’un facteur psychologique ou d’une interaction entre les deux.
« Beaucoup de gens ne réalisent pas que cela existe jusqu’à ce qu’ils entendent le vécu d’autres patients », témoigne une diététicienne américaine, également concernée.
En attendant des données plus robustes, les spécialistes appellent à la vigilance sans remettre en cause l’intérêt thérapeutique majeur de ces traitements, tout en encourageant les patients à signaler tout changement émotionnel à leur médecin.