Médecins salariés en région : une solution aux déserts médicaux ?

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En Occitanie, la Région salarie désormais plus d’une centaine de médecins dans ses centres de santé « Ma santé, Ma Région ». Salaires fixes, secrétariat, horaires cadrés, travail en équipe : le modèle attire des praticiens qui veulent refaire du soin. Mais peut-il vraiment répondre aux déserts médicaux sans recréer d’autres contraintes ?

Médecins salariés en région : une solution aux déserts médicaux ?

© Midjourney x What's up Doc

La promesse est simple, presque brutale dans un paysage médical saturé de paperasse : salarier des médecins pour les installer là où l’accès aux soins s’effondre.

En Occitanie, le dispositif « Ma santé, Ma Région », lancé en 2022 par la Région, revendique aujourd’hui un bilan suffisamment massif pour ne plus être traité comme une simple expérimentation locale. Le réseau a dépassé les 507 500 consultations et visites médicales en quatre ans. Il compte 26 centres de santé régionaux, un 27e ouvert à Saint-Gaudens, 133 professionnels de santé salariés, dont 119 médecins généralistes, 10 sages-femmes et 4 infirmières en pratique avancée, ainsi que 52 secrétaires médicales.

Et très concrètement, pour les médecins, l’un des arguments est posé très tôt : les salaires annoncés par la Région s’échelonnent de 4 700 à 6 400 euros net, pour 35 heures par semaine avec congés payés et avantages. Le contrat-type comprend un secrétariat partagé, des locaux équipés et une prise en charge administrative et financière centralisée.

Autrement dit : le médecin soigne, la structure absorbe le reste. C’est précisément ce qui séduit une partie des praticiens.

« Je suis un salarié parmi les autres »

À Actu.fr, le Dr Béranger Irondelle, généraliste au centre de santé « Ma santé, Ma Région » de Sainte-Croix-Volvestre, en Ariège, raconte son premier réflexe face au projet : « Ma première question quand j’ai entendu parler du projet, c’était de savoir où étaient les besoins sur le territoire. »

Une fois installé, il décrit un changement très concret dans son exercice : « C’est un réel confort pour moi car je me retrouve à faire du soin à 100 %. » Et il assume le basculement culturel : « Dans le centre, je ne suis pas le patron. Je suis un salarié parmi les autres. »

Ce point n’est pas anecdotique. Il touche au cœur du modèle libéral français : l’indépendance, le cabinet, la gestion, la patientèle, les charges, l’organisation. Béranger Irondelle reconnaît que ce changement peut freiner certains confrères : « Certains appréhendent de ne plus être leur propre patron. » Mais pour lui, « être salarié [de la Région] permet un véritable confort de vie. »

Le deal : confort d’exercice contre obligations territoriales

Mais le modèle n’est pas un salariat confortable sans contrepartie. Les médecins salariés de la Région s’engagent à assurer des visites à domicile, des soins non programmés et à participer à la permanence des soins ambulatoires. 

Dans La Dépêche, Béranger Irondelle relie d’ailleurs ces obligations au rôle territorial du généraliste : « C’est là qu’on voit l’importance des médecins de famille. »

Car ce dispositif ne promet pas seulement une meilleure qualité de vie, il réorganise le contrat d’exercice. Moins de gestion administrative, mais davantage d’obligations territoriales. Moins d’isolement, mais une inscription plus nette dans un service public local de soins primaires. Moins d’entrepreneuriat individuel, mais une activité encadrée.

À Cugnaux, près de Toulouse, la Dr Audrey Lacipiere, médecin salariée, raconte à Actu.fr cette bascule. Les médecins disent se « défaire des chiffres et du nombre de consultations », même si, équilibre financier oblige, la Région « en requiert un nombre minimum ». Sur la rémunération, elle résume le compromis ainsi : « Là où on y perd en salaire, on y retrouve en qualité de vie. »

Dans L’Opinion indépendante, elle insiste aussi sur la situation de patients restés plusieurs années sans médecin traitant. « Notre présence permet aussi de limiter le recours aux urgences pour des soins qui peuvent être pris en charge en médecine générale », explique-t-elle. 

Des résultats tangibles pour les patients

Sur le terrain, les chiffres donnent du poids au dispositif. Plus de 38 800 patients ont retrouvé un médecin traitant grâce à « Ma santé, Ma Région ». Le demi-million de consultations inclut 25 000 visites à domicile, dont 8 000 en Ehpad et en crèches. Le profil des patients, âgés en moyenne de 52 ans, avec 32 % de personnes en affection longue durée, correspond à une patientèle particulièrement exposée à la rupture de suivi.

À Sainte-Croix-Volvestre, le centre de santé semble même avoir produit un effet d’attractivité locale. Dans Midi Libre, Nathalie Iglesias, secrétaire médicale salariée du centre, résume le contraste avec la situation initiale : « Deux médecins, on pensait que c’était une blague. » Quatre ans plus tard, elle décrit un territoire transformé : « On est un village 650 habitants et on a trois médecins généralistes, mais aussi gynécologue, dentiste, ostéopathe, psychologue… »

Elle observe aussi un effet sur l’installation de nouvelles familles : « Depuis six-sept mois, on a une recrudescence de jeunes parents et de familles qui s’installent. » Et ajoute, prudemment : « Je pense que ça joue. »

https://www.whatsupdoc-lemag.fr/article/quete-dequilibre-ou-sacerdoce-des-medecins-se-confient-sur-leur-rapport-au-travail

La Région veut désormais étendre le modèle

Le dispositif ne se limite plus aux généralistes. L’Occitanie expérimente aussi, avec l’ARS, les facultés de médecine de Montpellier-Nîmes et de Toulouse, ainsi que les trois CHU, le financement de postes de médecins spécialistes dans les hôpitaux de proximité. Vingt spécialistes universitaires ont déjà été déployés dans 12 centres hospitaliers.

Six nouveaux postes doivent être créés : un cardiologue à Castres-Mazamet, un néphrologue à Rodez, un pneumologue à Albi, un psychiatre à Uzès, un pharmacien hospitalier à Clermont-l’Hérault et un médecin de médecine physique et de réadaptation à Narbonne. À terme, le dispositif atteindrait 26 postes de spécialistes.

Par ailleurs, l’arrivée prochaine d’une vingtaine de docteurs juniors viendra renforcer le maillage territorial.

Un modèle séduisant, mais coûteux et incomplet

Reste la question : qui paie, et jusqu’où ce modèle peut-il tenir ?

Les centres sont financés à 78 % par les remboursements de l’Assurance-maladie, complétés par des subventions de l’ARS et des caisses locales. La Région Occitanie a déjà consacré 9,8 millions d’euros au dispositif : 6,1 millions pour le fonctionnement, 1,2 million pour la mise à disposition de personnels au siège et 2,5 millions d’investissements.

Un tiers des centres serait aujourd’hui à l’équilibre financier. Pour autant, la couverture reste déséquilibrée : le Gers et la Lozère ne disposent toujours pas de centre régional, tandis que le réseau est davantage concentré dans certaines zones de l’Ariège, de la Haute-Garonne, des Hautes-Pyrénées, du Tarn et de l’est du Gard.

Autre limite : la santé ne fait pas partie des compétences naturelles des Régions. Carole Delga assume cette zone grise institutionnelle. Elle a indiqué en conférence de presse : « La santé ne fait pas partie des prérogatives des régions, mais nous avons utilisé le fait que la loi ne l’interdit pas non plus. »

Politiquement, le modèle est donc puissant. Juridiquement et économiquement, il reste à éprouver à grande échelle.

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