Marseille : les médecins inquiets de la réaction de Rubirola

La cité phocéenne est passée en zone d’alerte maximale. Ce qui n’a pas beaucoup plus à la nouvelle maire qui dénonce des mesures trop strictes. De leur côté, les médecins s’inquiètent d’une nouvelle polémique sans fondement.

Ici une pancarte annonce que le restaurant ne fermera pas. Un peu plus loin, un couple s’attèle aux derniers préparatifs de son mariage. Derrière eux, un magasin propose des bières aux couleurs du professeur Didier Raoult. Une légèreté qui contraste avec la situation dans les cabinets médicaux de la métropole marseillaise.
“Depuis la rentrée, c’est une vague continue qui ne ralentit pas, explique Florence Zemour, élue URPS-ML et médecin généraliste à Vitrolles. On assiste dans tout Marseille a une hausse des consultations pour des cas Covid, pour des suivis et des petits symptômes qui font paniquer les parents.” Mercredi dernier, la cité phocéenne est passée en zone d'alerte maximale, avec la Guadeloupe. Ce qui a déclenché une fronde des restaurateurs mais aussi des élus locaux, à commencer par la maire de Marseille, Michèle Rubirola, qui dit ne pas comprendre pourquoi les restrictions sont si sévères sur sa ville. Depuis, les réunions s’enchaînent, le point presse que devait tenir l’ARS Paca et les hôpitaux de l’AP-HM a été annulée. 

Guerre médiatique

“Cette attitude est irresponsable, lâche un PH de la Timone sous couvert d’anonymat. On est là à trimer et les politiques se lancent dans un nouveau psychodrame, on n’avait pas besoin de ça.” Lui décrit la fatigue des journées qui commencent à s’allonger. Les bras qui manquent. Et la colère qui monte de plus en plus. “Économiquement, je comprends que ça soit difficile mais on fait comment nous ?” Même incompréhension du côté des généralistes. Clémentine Cally, généraliste dans le 9e, ajoute que dans son cabinet, certains patients disaient ne pas comprendre pourquoi elle ne leur prescrivait pas de l'hydroxychloroquine, au début de la médiatisation de Didier Raoult. “Ils avaient l’impression qu’on leur cachait un traitement, et à cause de ça nous avons perdu beaucoup de temps et d’énergie. Cette guerre médiatique qui démarre aujourd’hui à Marseille, va avoir le même effet. Une déstabilisation des patients, des professionnels de santé et la mise en place d’un terreau fertile pour les théories complotistes.  Ce sont des débats que nous ne devrions pas avoir. Maintenant, on aimerait vraiment avoir moins de polémiques et plus d’actes.” 
Plusieurs généralistes installés à Marseille décrivent cette incertitude qui flotte et l’absence de solutions face à l’afflux massif de patients. “Certains vont rester positif très longtemps, continue Clémentine Cally d’autres viennent pour tout à fait autre chose. Et depuis trois semaines, nous n’avons plus le temps de les écouter vu le nombre de consultations à faire par jour.” À cela s’ajoute une situation de surcharge dans les laboratoires. “Les hôpitaux nous alertent, les patients sont inquiets, et nous aussi, raconte Florence Zemour. La tension monte et la situation est explosive.” Tous espèrent maintenant que la polémique va retomber pour pouvoir avancer et trouver des solutions face à l’afflux de patients.
 

Portrait de Elodie HERVE

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