Maï reine

Percutante Maïwenn! C'est l'épithète qui vient le plus facilement à l'esprit au regard de la fraîche et franche énergie qui jaillit à chaque mouvement de caméra, chaque rupture de ton dans le récit, et qu'elle transmet à ses acteurs. Et quand elle s'empare d'un sujet archi-rebattu, qu'il serait tellement facile de prétendre autobiographique, c'est pour mieux lui insuffler une originalité qui rend cette apparente vieille rengaine totalement unique, telle un costume taillé sur mesure qui n'irait qu'à une seule personne.

Cette personne, c'est Tony, magnifiquement incarnée par une actrice au sang chaud, une bête de scène - et pas que de ménage - : la magnétique Emmanuelle Bercot, dont le tour de force est d'apparaître tout autant totalement nouvelle qu'étrangement familière dans le paysage cinématographique. La communion entre ces deux tempéraments est évidente et confère une considérable valeur ajoutée au film de Maïwenn que d'aucuns pourront trouver facile, ou banal; elle rappelle le travail de son frère cadet de cinéma, Xavier Dolan, avec ses acteurs. Cassel et Garrel, logés à la même enseigne, s'en tirent logiquement avec les honneurs: jouant - en mieux - leur rôle habituel, ils réussissent pourtant à se renouveler.

Maïwenn n'aime pas les raccourcis, se méfie des évidences. Il serait tentant de réduire Georgio à un pervers narcissique, et Tony à une victime soumise. Elle n'est d'ailleurs jamais filmée comme telle, jamais jugée dans son évolution, elle est appréhendée comme un animal qui se débat constamment, chez qui les évitements et les renoncements se transforment en choix affirmés. Quant à Georgio, sa mégalomanie infantile est régulièrement soulignée, comme si au final sa violence se diluait dans sa naïveté et son aveuglement; c'est pourtant au détour de scènes faussement banales, comme la toute dernière du film, que Maïwenn expose sèchement, et au scalpel, sa cruauté destructrice. Et c'est en assumant enfin qu'elle n'existe pas, et ne peut exister, aux yeux de ce roi devenu nu, que Tony s'autorisera à s'en détacher, et à revivre dans son propre regard.

Belle métaphore que cette reconstruction psychique qui passe par un centre de soins physiques même si, après une première scène à la pertinence bouleversante qui nous plonge d'emblée dans le coeur du sujet, cette métaphore s'étiole quelque peu dans la répétition. Répétition qui affadit également le dernier tiers du film, mais pouvait-il en être autrement pour montrer que l'issue d'un couple fondé sur l'emprise ne réside la plupart du temps pas dans une mise à mort mais plutôt dans une lente agonie?

Pour toutes ces raisons, et parce que c'est un film assumé même dans ses défauts, il nous a été facile d'aimer Mon Roi.

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