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« Notre système de santé va droit dans le mur si nous ne changeons pas notre logiciel mono-établissement », a prévenu le Dr Borhane Slama, chef de pôle onco-hématologique au CH d’Avignon (Vaucluse). « Sur le terrain, les petits hôpitaux se meurent silencieusement ».
Le praticien fait partie des trois intervenants venus partager leur expérience de coopération territoriale à cette conférence de la Fédération hospitalière de France (FHF) intitulée : « Faire équipe sur un territoire : le chemin vers l’excellence en santé ».
Psychiatrie : le projet « Pluton » résorbe les déserts médicaux du Nord par l'hyperspécialisation
Dans le département du Nord, la sectorisation historique de la psychiatrie n'a pas empêché l’apparition de déserts médicaux critiques, comme l’explique la Pr Mathilde Horn, psychiatre au CHU de Lille. Fin 2023, « plusieurs secteurs se trouvaient totalement dépourvus de médecins ». Les patients se retrouvaient bloqués car « ils ont l'obligation d'être suivis sur leur zone ».
Pour rompre ce cercle vicieux, le projet « Pluton » (Projet de Liaison Universitaire Territoire du Nord) a mutualisé quatre secteurs en détresse en y injectant une dynamique universitaire, via l'installation d'un poste de professeur – qu’elle a pris – et de chefs de clinique hors du CHU.
« Habituellement, lorsqu’un secteur est en difficulté, on demande à celui d’à côté de donner un coup de main », reprend Mathilde Horn. Or, ce genre de solution d’urgence ne règle pas le problème à long terme. « Par un jeu de dominos, vous déshabillez une structure saine qui se retrouve à son tour en difficulté, et le processus devient infini ».
Le modèle Pluton garantit à chaque psychiatre une à deux demi-journées par semaine pour exercer une filière de recours de son choix (TDAH, schizophrénie, dépressions résistantes…) dont il devient le référent à l'échelle du territoire.
L’effet sur l'attractivité a été immédiat : « Deux des quatre secteurs mutualisés affichent désormais un taux d’occupation des postes de 100 % », s'est félicitée la Pr Horn. « C’est précisément ce que recherchent les jeunes psychiatres aujourd’hui : plus seulement faire de la psychiatrie générale "tout-venant", mais dédier du temps à une pathologie précise ».
Urgences : le GHT Navarre Côte Basque absorbe une clinique privée en difficultés
Au Pays Basque, la territorialité a pris une tournure plus offensive. Confronté à des fermetures répétées du service des urgences de la polyclinique privée de Saint-Jean-de-Luz faute de personnel, le Groupement hospitalier de territoire (GHT) Navarre Côte Basque — qui unit déjà les hôpitaux de Bayonne et Saint-Palais (Pyrénées-Atlantiques) — a repris l'activité.
« Nous avons intégré ce service privé en détresse à notre grand pôle public inter-établissements d'urgences-réanimation », a expliqué Juliette Daeschler, directrice des affaires médicales au CH de la Côte Basque de Bayonne.
Les lignes de garde sont désormais sécurisées par des urgentistes publics via des « mises à disposition croisées », soutenues par la prime d'exercice territorial.
Mais cette souplesse se paye au prix d'un travail important de gestion administrative et financière pour les directions (conventions, suivi des quotités, refacturations). « Ce modèle fonctionne uniquement parce que nous partageons une direction commune qui accepte cette mutualisation », a-t-elle alerté. Sans cela, « beaucoup moins d’intérêt pour un directeur qui va payer deux fois plus cher ».
Cancérologie : le GHT 83 brise un monopole privé de 90 %
Même constat de friction budgétaire dans le Vaucluse (GHT 84), où le CH d'Avignon a déployé une filière publique d'onco-hématologie graduée, afin de briser le monopole historique d'un acteur privé sous statut Espic (établissement de santé privé d’intérêt collectif), qui contrôlait 90 % du secteur, expose le Dr Borhane Slama.
En associant les hôpitaux d'Avignon, Orange, Apt, Carpentras et Cavaillon, le projet a structuré des consultations avancées et délocalisé des hôpitaux de jour en proximité pour éviter aux patients isolés « plus d'une heure et quart de route ». L'équipe publique est passée de 6 à 21 médecins, recrutant même 4 praticiens de l'Espic privé, continue le Dr Slama.
Une réussite qui s'est pourtant faite au forceps contre les règles du jeu. « La T2A entre souvent en contradiction avec la philosophie des soins délocalisés », celle-ci valorisant plutôt la concentration des séjours, a pointé le Dr Slama.
https://www.whatsupdoc-lemag.fr/article/sans-t2a-les-hopitaux-de-proximite-se-portent-mieux
Vers une certification des parcours patients
Invitée à répondre aux inquiétudes du terrain, Véronique Anatole, présidente de la commission de certification à la Haute Autorité de Santé (HAS), a assuré que le prochain cycle de certification des hôpitaux, dont les concertations débutent cette année, accentuerait l’évaluation de la dimension territoriale.
« Le manuel actuel intègre déjà 8 critères spécifiques » sur ce point, mais la HAS « souhaite accentuer cet axe » en passant « d’une culture de processus à une culture de résultats » a-t-elle affirmé. L’idée : s’appuyer sur des indicateurs mesurant « l’efficience des parcours patients à l’échelle de tout un territoire »,
En tout cas, pour le Dr Frédéric Martineau, radiologue, conseiller médical de la FHF et modérateur du débat, le virage est inéluctable : « L'avenir de nos structures hospitalières passera irréversiblement par la territorialité. Le recul international le montre : l’ensemble des systèmes de santé européens et mondiaux ont déjà engagé cette transition. La France ne fera pas exception ».
Et cela implique aussi « de s’appuyer sur cadres de santé et les équipes paramédicales » sur le terrain, a-t-il conclu.
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