Ségur de la santé : Les médecins des ESPIC réclament à être traités à égalité

Ils se considèrent « oubliés du Ségur ». À l’instar des praticiens hospitaliers, les médecins des établissement de santé privés d'intérêt collectif (ESPIC) souhaitent à leur tour bénéficier des revalorisations salariales décidées dans le cadre du Ségur.
 

 Ces « oubliés du Ségur » s’apprêtent à battre le pavé. L’Union Nationale des Médecins Salariés (UNMS) l’a annoncé : le 18 décembre prochain, les médecins des établissement de santé privés d'intérêt collectif (ESPIC) manifesteront devant le ministère de la Santé. Leur revendication ? Être traités à égalité avec le secteur hospitalier public. « Dans le cadre du Segur, les médecins des hôpitaux publics ont une revalorisation salariale que n’ont pas obtenu les médecins du secteur non-lucratif », nous précise la FEHAP, première fédération du secteur qui milite également pour que ces praticiens puissent « exercer une activité libérale » dans les établissements au même titre que dans le public.

Un secteur important
 
« Nous sommes des établissements privés solidaires. Nous nous inscrivons complètement dans l’économie solidaire et sociale et à ce titre nous partageons les mêmes valeurs et les mêmes secteurs d’activité que les hospitaliers », a cru bon de souligner le Dr Sergine Heckel, membre de l’UNMS et vice-présidente de la CFE-CGC, durant un point presse organisé ce lundi 30 novembre. En tout, ce secteur d’activité, qui recense 600 000 salariés – dont 14 000 médecins – représente 22,4 % des établissements de santé en France. « Nous représentons 5 % des lits de réanimations qui ont tourné à plein pot lors de la crise sanitaire », a-t-elle ajouté, après avoir rappelé que les ESPIC avaient pris en charge 20 % des malades du Covid-19.

La crainte de perdre en attractivité 

Une force de frappe disséminée sur tout le territoire que les acteurs du milieu non-lucratif craignent de voir fragiliser par les mesures du Ségur. « L’évolution des carrières qui étaient semblables va devenir beaucoup moins attractives que celles des praticiens hospitaliers du fait des mesures du Ségur », assure Sergine Heckel. Et de préciser : « Contrairement aux praticiens hospitaliers, nous n’avons pas accès à un complément de rémunération par une activité privé et nous n’avons pas la garantie de l’emploi ». Un ensemble de facteurs qui pourrait se traduire par la fuite des professionnels de santé vers le milieu libéral ou public. « Nous avons déjà du mal à recruter dans les spécialités qui font vivre l’hôpital comme les radiologues ou les obstétriciens », se désole la vice-présidente. Une absence qui pourrait, selon eux, aboutir par la fermeture de services. « Quand il y a des médecins qui partent, on ferme des services. Et quand trop de services ferment, on s’interroge sur la pérennité de l’hôpital », alerte Thomas Mognetti, président du Syndicat National des Praticiens des Centres de Lutte contre le Cancer.  

Un système de santé déséquilibré 
 
Pour ces professionnels, cela ne fait aucun doute : « Le gouvernement est en train de déséquilibrer le système », assure Jean-Paul Zerbib, président du syndicat UNMS CFE-CFC. Une donne encore plus criante alors que la Caisse nationale d'assurance maladie (CNAM) vient d’annoncer être prête à mettre 550 millions d’euros sur la table pour les médecins libéraux qui réclamaient également l’attention du Ségur. « C’est vécu comme une agression et une non-reconnaissance des pouvoirs publics », indique Jean-Paul Zerbib qui souligne, pour autant, l’utilité de ces enveloppes financières pour les autres secteurs d’activité.
 
Pour l’heure pourtant, pas question de proposer une feuille de route claire au gouvernement. « Dans les courriers que nous avons envoyés au ministre de la Santé, nous avons laissé le champ ouvert aux possibilités", indique le Président. Et d’ajouter : « Ce que nous demandons ce que les carrières du privé et du public soient comparables au niveau de l’évolution des carrières ». Un combat qui se mène également en ce moment sur le terrain législatif dans le cadre de la loi « visant à améliorer le système de santé par la confiance et la simplification », surnommée loi Rist du nom de sa rapporteuse. « Des amendements ont été proposés. Pour l'heure, les députés sont pourtant très tiraillés », nous indique la FEHAP.
 

Quelles sont les modalités pour travailler en ESPIC ?
 
Les ESPIC sont gérés par une personne morale de droit privé, comme des associations, des fondations ou des mutuelles. À l’instar des hôpitaux publics, ils sont financés par les Agences Régionales de Santé qui ont donc un droit de regard sur leurs finances. « Nos bénéfices sont réinvestis dans des services destinés aux patients », précise Jean-Paul Zerbib.
À la différence des hôpitaux publics pourtant, les ESPIC disposent d’une plus grande marge de manœuvre notamment dans la gestion du personnel. « À l’inverse du secteur public, il n’y pas de concours. Les médecins qui entrent dans le secteur privé non lucratif envoient des CV, sont recommandés ou encore vont à la rencontre du directeur de l’établissement. C’est un contrat de droit privé avec la grille prévue par la convention collective à laquelle adhère l’établissement en question », indique le syndicaliste. 
 

 

 

Portrait de Julia Neuville

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