Les ordonnances gouvernementales, des avancées à marche forcée

À grand coup d’ordonnances, le gouvernement réforme la gouvernance hospitalière et l’attractivité de ses carrières. Des injonctions descendantes que Action Praticiens Hôpital et Jeunes Médecins ont décidé de dénoncer.

Les syndicalistes voient rouge. Le 17 mars dernier, le gouvernement apposait sa signature sur deux ordonnances réformant la gouvernance hospitalière et l’attractivité des carrières médicales. Une prescription descendante qu’APH et Jeunes Médecins ont décidé de dénoncer. « Cette méthode de travail se rapproche d’un déni de la démocratie sanitaire », assènent-ils.

Dans un communiqué baptisé « Réforme de la gouvernance hospitalière, réforme des statuts : Le Président de la République et le gouvernement imposent les ordonnances contre l’avis unanime des praticiens ! », le syndicalistes en colère s’interrogent en effet sur la « pertinence » de légiférer à coup d’ordonnances sur un sujet aussi « crucial » que l’hôpital. « Ces textes concernant notre bien public n’ont pas eu droit à un examen par la représentation nationale, mais encore, ils ont été travaillés et écrits à marche forcée ces derniers mois », dénoncent-ils.

Une sensation de dédain du dialogue social encore plus saillante à l’heure pandémique. « La difficulté à laquelle nous sommes confrontés, nous, représentants syndicaux est que notre mission principale est praticien hospitalier. On est très accaparé par notre activité quotidienne », rappelle Emanuel Loeb, président de Jeunes Médecins. Un emploi du temps chargé qui ne serait pas du tout pris en compte par les autorités. « Pour la gouvernance, c’était un document de 70 pages envoyé la veille pour le lendemain », illustre Emanuel Loeb. Et de continuer à argumenter : « Et ils mettent des réunions en plein milieu de la journée sans se préoccuper de savoir si cela impacte les services des praticiens hospitaliers ».

Pour lui, pas de doute : le dialogue social n’a jamais été aussi absent du ministère de la Santé. «  Même à l’époque de Marisol Touraine, nous avions une administration centrale qui était beaucoup plus en capacité de mener de dégager du temps pour nous recevoir. Nous n’étions pas toujours d’accord, mais il y avait un cheminement progressif », se remémore le Président.

Face à cette bataille quotidienne pour faire entendre sa voix, Emanuel Loeb confie être chaque jour un peu plus désabusé. « Nous avons un rôle de figuration, déplore-t-il. Soit nous mettons en place une vraie logique de co-construction, soit tout cela n’est qu’une vaste fumisterie. Et la présence des syndicats n’est là que pour légitimer une politique qui ne va pas dans le sens des praticiens ». Une situation qui aboutirait, selon lui, à l’abstention massive observée lors des dernières URPS. « Les autorités n’ont pas envie d’avoir des syndicats représentatifs, donc potentiellement bloquant pour leurs réformes », assure-t-il.

Portrait de Julia Neuville

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