Les anesthésistes-réanimateurs voient trouble

La chirurgie de la cataracte est la chirurgie la plus courante avec plus de 800000 actes chaque année en France. Que ce soit vis-à-vis des chirurgiens ophtalmologistes ou des anesthésistes, L’Union Nationale des Caisses d’Assurance Maladie (UNCAM) a cet acte dans le viseur, au risque de se froisser avec les professionnels.

 

Il est tout à fait naturel que l’assurance maladie cherche en cette période crise, à faire des économies. On remarque cependant que ces dernières années, tout y passe : le salaire du personnel hospitalier, le matériel ou encore le remboursement de certains actes ou médicaments. Or, comme le précise le SNPHARE (Syndicat National des Praticiens Hospitaliers Anesthésistes-Réanimateurs Élargi), c’est probablement la première fois que l’organisme de l’assurance maladie réforme une pratique médicale s’opposant à un décret visant à assurer la sécurité du patient. 

En effet, l’UNCAM souhaiterait que tous les patients, y compris ceux opérés sous anesthésie topique seule, puissent bénéficier d’une consultation. Un anesthésiste devrait-il alors voir en consultation tous les patients bénéficiant d’une anesthésie aux urgences, alors qu’il ne fera aucun acte ? Encore plus surprenant, l’organisme public suggère que ces consultations médicales soient réalisées par des infirmiers. Une idée bien étonnante, surtout quand on sait l’importance de la consultation pour des populations âgées et souvent polypathologiques.

Autre point de discorde : la nécessité pour un anesthésiste réanimateur de surveiller un maximum de 5 patients opérés sous topique et donc d’être disponible à tout moment en cas de problème. Des mesures aberrantes qui n’ont pas manqué de faire réagir le syndicat des anesthésistes-réanimateurs.

Les anesth-réa opposés

Le SNPHARE s’oppose de façon virulente à ces mesures dans un communiqué de presse. Ce dernier met en lumière plusieurs incohérences et dénonce la mise à mal « de la qualité et de la sécurité des soins ». Le syndicat souligne aussi l’aspect dangereux d’un retour en arrière, en oubliant le décret de 1994, qui a permis d’atteindre une sécurité et une qualité des soins au bloc opératoire jamais atteinte. Il est certain qu’un retour en arrière pour des raisons économiques serait contraire à toute logique et même dangereux. 

Enfin, le syndic’ regrette que l’avis des professionnels audités n’ait pas été écouté et que seules « les logiques économiques » aient orienté le sens de ces recommandations. 

Des annonces prémonitoires

L’UNCAM n’inquiète pas que les anesthésistes-réanimateurs. D’autres spécialités risquent bientôt d’être dans le viseur. S’inspirant des modèles anglo-saxons, les gastro-entérologues, avec leurs nombreux actes, risquent aussi de susciter des débats houleux. 

Il devient indispensable, alors que la qualité et la sécurité des soins sont une priorité absolue, que les professionnels de santé soient écoutés.  Les logiques économiques ne doivent pas faire reculer des mesures difficilement acquises et ayant permis une sécurité quasi optimale. À trop vouloir amputer, on finit par toucher les organes vitaux. 

 
Portrait de Idris Amrouche

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