Le sexe à l'hôpital, est-ce mieux à l'écran ?

Beaucoup de séries et de films dépeignent l'hôpital comme un grand tinder de blouses blanches... Ces phantasmes ont-ils des répercussions IRL la (in real life) ?

Des 16 saisons d’histoires d’amour de Meredith Grey aux chaudes gardes d’Urgences, la vie romantique et sexuelle des médecins semble passionner la pop culture. Déjà, l’illustre Docteur Quinn, femme médecin passait au moins autant de temps à batifoler avec son Cheyenne qu’en consultation. Ce phénomène est mondialisé, en atteste le sous-genre « Medical Korean Drama » et ses 44 séries au compteur, dont le bien nommé Dr Romantic, phénomène au Pays du matin calme. Autre indice de la charge sexuelle du monde médical : sa récurrence thématique dans la pornographie sur la toile. L’histoire est entendue : les médecins sont portés sur la chose, et passer du temps à l’hôpital = avoir une vie sexuelle de malade. Loin du quotidien du commun des « héros en blouse blanche » ? 

Quand la fiction rejoint la réalité

La popularité des séries médicales auprès du grand public en fait une réelle source d’information sur la santé, modelant aussi les attentes des patients envers le système de soins1. Après avoir étudié les 15 saisons de la série Urgences, des confrères voient dans l’appétence pour les fictions médicales « un désir de mieux comprendre le système de santé, en montrant les soignants comme des êtres humains, et non pas uniquement comme des blouses blanches »2. Les séries permettent donc d’augmenter les connaissances en santé de l’audience en surfant sur l’intérêt que les médecins suscitent… Une solution aux déserts médicaux ? « Si ces fantasmes permettent des vocations pour exercer ce métier difficile, tant mieux ! », abonde Dr Éric Ozanne, consultant médical réputé dans le monde du cinéma. Avec le risque malgré tout que les aspects réalistes exposent le public à prendre pour argent comptant toutes ces histoires de fesses autour de la table d’opération. 

Amour, amour, je t'aime tant

Car à l’écran, les romances sont tous azimuts : entre médecins, entre internes et chefs (présent dans les séries de tout genre, de What/If de Netflix à la saison 2 du sous-évalué Scream Queens) ou avec les autres soignants (de la Nurse Jackie à qui on ne la fait pas au newbie The Resident), consommées ou non (voir Scrubs)… Le spectateur peut alors avoir rapidement l’impression que les gardes sont de folles nuits d’amour, quand pour beaucoup les rencontres d’après minuit en salle de garde ressemblent plus à Ratatouille qu’aux partouzes du Dr Harford dans Eyes Wide Shut. « On doit parfois modérer la fantasmagorie autour de la salle de garde », confirme Dr Ozanne. 

Des auteurs mettent d’ailleurs en garde sur le fait que les « histoires d’amour compliquées » des protagonistes nuisent à la valeur pédagogique de la fiction3. C’est vrai qu’a posteriori, il est difficile de tirer quoi que ce soit de médical des intrigues de la clinique du Golfe au fil des 14 saisons de la série-fleuve Sous le soleil. Le bon Dr Laure Olivier y brillait certainement davantage par ses multiples romances que par ses diagnostics, plus fantasques. 

Coup de foudre à l'hôpital

Notre profession squatte ainsi régulièrement les premières places des classements des métiers les plus populaires sur les sites de rencontres, avec pompier et hôtesse de l’air. 

Dans toute bonne « Rom Com » qui se respecte (soit une comédie romantique avec archaïsmes de genre en vigueur), l’objet de convoitise, mâle et blanc, exerce souvent une profession médicale. Ainsi la filmographie de Jennifer Lopez, poids lourd de la catégorie, est pleine de mariages avec des médecins (Un mariage trop parfait ou Sa mère ou moi). 

Forbbiden love

Enfin, la relation charnelle médecin/patient a inspiré bien des scénaristes. Le coeur brisé d’Izzie Stevens par son patient insuffisant cardiaque (Grey’s Anatomy, saison 2) a marqué les esprits. Parfois, c’est aux dépens du docteur, voir le délire érotomane d’Audrey Tautou sur son cardiologue dans À la folie pas du tout. Dans Effets secondaires et A Dangerous Method, ce sont les psychiatres qui ont des relations avec leurs patients que le Code de déontologie ne saurait souffrir (voir p. 28). Car si le magnétisme du Dr House a beaucoup fait pour la profession, pour permettre à cette dernière de garder son caducée, il vaut mieux que ces passions restent dans les hauteurs de Hollywood.

1 Davin S. Healthy viewing: the reception of medical narratives. 
Sociol Health Illn. 2003 
2 Lee, T. K. The Motives for and Consequences of Viewing Television 
Medical Dramas. Health Communication (2013). 
3 Nielsen R. Physicians in the TV soap – a study of ER. Tidsskr Nor Laegeforen. 2005 
Portrait de Jean-Victor Blanc

Vous aimerez aussi

Le gouvernement a annoncé lundi la signature d'un protocole d'accord avec une majorité de syndicats hospitaliers sur les sages-femmes, à la veille d'...

La capacité de l’hôpital, déjà fissuré de toute part, à tenir face à l’onde de choc de la pandémie en a étonné plus d’un. Vendredi 19 novembre se...

C’est l’une des promesses du Ségur : renforcer l’attractivité des carrières hospitalo-universitaires, alors que la profession accuse une baisse...

Le gros dossier

 

Le magazine What’s Up Doc est édité par l’agence Planète Med.