© Samuel Goldwyn Films
Suite à un braquage, Anker est condamné à quinze années de réclusion. Non sans avoir pris soin de confier à son frère Manfred, que d’aucuns qualifieraient de neuro-atypique même si son fonctionnement autistique n’est jamais nommé, d’enterrer le butin dans la maison familiale. Quinze ans se sont écoulés, la maison a été vendue, ce qui ne serait qu’une formalité si Anker n’était confronté à un autre problème de taille: son frère, désormais convaincu d’être John Lennon, semble n’avoir aucun souvenir de l’endroit où repose l’argent en sommeil…
The last viking a eu pour don de distiller en nous, puis de franchement activer, une colère que nous ne pouvons même pas nous soulager de trouver saine, tant le film ne l’est pas. Il allie en effet deux tares qui, au niveau cinématographique et peut-être moral, confinent carrément à la faute.
Scénario artificiel, humour agressif
Soit, d’une part, un scénario bâti sur une trouvaille unique - son issue, belle mais prévisible - qu’il s’agira d’alimenter par des artifices si grossiers, si systématisés, que rien ni personne n’existe réellement au sein de cette accumulation d’obstacles et de péripéties lourdingues, et dont l’invraisemblance la moins importante reste le postulat de départ - c’est dire. Et de l’autre, une vulgarité agressive, ponctuée de violence absolument gratuite, provoquant plus souvent la gêne que le rire ou le choc. Ces deux aspects se conjuguent parfois, pour le pire plus que le meilleur, comme ce running gag sur l’Holocauste ne trouvant sa justification que parce que l’un des compères recrutés dans la pseudo-cavale dans laquelle Anker entraîne Manfred se prend pour la réincarnation d’Himmler. Un humour bête et méchant, jamais drôle surtout, qu’on est plus habitué à trouver dans les contrées latines voire sud-américaines - l’on pense aux récents Buen Patròn et Nouveaux Monstres - qu’au nord de l’Europe.
Les troubles psychiques réduits à des caricatures
Si la grossièreté fait la jonction entre les différentes facettes du film, elle ne se limite pas à la forme et contamine même la façon dont sont appréhendés les différents troubles psychiques dont il est question. La description du trouble dissociatif de l’identité se réduit à une caricature maladroite, ce qui n’est rien comparativement à la façon dont sont - mal - traités l’alcoolisme, le délire et même la pédophilie. Quant à la façon d’expliquer - et de résoudre - la trajectoire des deux héros par un contexte de violences et un événement traumatique fondateur, elle est tellement éculée qu’elle participe à un causalisme systématisé, fatalement réducteur.
« Mikkelsen joue avec une sincérité tellement désarmante qu’il ne fait que ressortir la médiocrité nihiliste dans laquelle est embourbé le reste de la distribution »
Il y avait pourtant matière à faire de ce film de frères à la Rain Man une comédie touchante - le film réussit presque à l’être sur sa toute fin, avant de retomber pour une ultime fois dans sa compulsion auto-saboteuse. Car, au sein de cette histoire où celui qui est frappé d’amnésie n’est pas celui que l’on croit, surnage le beau personnage de Manfred, cadeau empoisonné que le réalisateur offre à son acteur fétiche, Mikkelsen l’interprétant avec une sincérité tellement désarmante qu’il ne fait que ressortir la médiocrité nihiliste dans laquelle est embourbé le reste de la distribution, pour le coup fort injustement mal traitée.