La valse-hésitation des junior doctors anglais

Alors, grève ou pas grève ?

Les jeunes médecins anglais, qui menaçaient d’une nouvelle grève de cinq jours la semaine prochaine, l’ont finalement annulée. Ils préviennent toutefois qu’en l’absence de concessions du gouvernement, de nouveaux mouvements auront lieu à l’automne.

 

Ils étaient remontés comme des pendules. On allait voir ce qu’on allait voir. Les junior doctors anglais avaient décidé d’une nouvelle grève (la sixième cette année), d’une longueur inédite : cinq jours d’arrêt du travail complet, du 12 au 16 septembre. Et puis pschitt. Finalement pas. Alors que le gouvernement n’a fait aucune concession. Que s’est-il donc passé ?

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Pour le comprendre, il faut remonter dans le temps. Le conflit porte sur le nouveau contrat de travail des junior doctors, en négociation depuis maintenant trois ans. Le gouvernement veut réduire les plages horaires qui leurs sont payées en heure sup’, et leur offre en échange une augmentation de salaire.

La majorité des jeunes médecins est vent debout contre ce projet. Cet été, le nouveau contrat a été massivement rejeté lors d’un vote des adhérents de la British Medical Association (BMA), le syndicat hégémonique. Mais le gouvernement a décidé de le mettre en œuvre coûte que coûte, à compter du mois d’octobre. À la rentrée, la BMA a donc annoncé cinq jours de grève en septembre. Et rebelote en octobre, novembre et décembre.

Tous contre les junior doctors !

Et c’est là que tout s’est détraqué. Les protestations du gouvernement étaient attendues : cette grève va « semer la panique » dans les services, a prévenu Jeremy Hunt, le ministre de la santé, dans une interview à la BBC. « Rien de bon pour les patients ne sortira de ce type d’action », a quant à lui estimé Simon Stevens, le patron du NHS cité par le Guardian.

Mais de manière plus surprenante, des voix médicales se sont également élevées contre la grève. « Nous estimons que les grèves qui sont proposées ne sont pas proportionnées », a annoncé dans un communiqué l’Academy of Medical Royal Colleges, qui rassemble toutes les facs du pays.

« Chaque médecin doit penser d’abord à ses patients », a pour sa part expliqué le Pr Terrence Stephenson, président du General Medical Council (l’équivalent de notre Ordre), à la BBC. « Il est personnellement responsable de ses actes et doit pouvoir justifier ce qu’il a fait après-coup si des accusations sont portées contre lui », a-t-il ajouté. La menace de poursuites disciplinaires en cas de décès d’un patient pendant la grève est à peine voilée.

Reculer pour mieux sauter ?

Face à cette levée de boucliers, la BMA a dû reculer. Le Dr Ellen McCourt, présidente du comité des junior doctors, a reconnu que l’annonce de la grève avait été trop rapide. « Nous devons écouter nos collègues quand ils disent qu’ils ont besoin de plus de temps pour s’assurer que les patients seront en sécurité », concède-t-elle, citée par la BBC.

Mais elle a réitéré ses menaces de grèves pour les mois suivant, répétant que la seule manière de dissuader les junior doctors serait de ne pas imposer le nouveau contrat. Reste à savoir si sa récente reculade n’aura pas entamé sa crédibilité.

Source: 

Adrien Renaud

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