La démence se traite au caca

Un acte de foie

La transplantation fécale pourrait réduire les altérations cognitives liées à la cirrhose du foie et à l’encéphalopathie hépatique, d’après des premiers résultats d’une étude présentée au Congrès international du foie.

C’est presque par hasard qu’une équipe de chercheurs, dirigée par le Dr Jasmohan Bajaj, gastro-entérologue à la Virginia Commonwealth University (États-Unis), a montré ce résultat étonnant : la transplantation fécale limite les pertes cognitives, et semble même apporter des améliorations, chez des patients souffrant de cirrhose du foie et d’encéphalopathies associées.

L’équipe du Dr Bajaj a présenté ses résultats le 14 avril dernier à l’International liver congress 2018, organisé à Paris. « Notre intention originale était d’évaluer la dangerosité potentielle de la transplantation fécale chez des patients souffrant d’encéphalopathie hépatique (EH) récurrente, en comparaison des traitements standards seuls », a déclaré l’auteur principal.

Un Mars, et ça repart

Mais les résultats sont allés au-delà des espérances. Sur les 20 sujets de l’étude – exclusivement des hommes souffrant d’encéphalopathie hépatique liée à une cirrhose, et sous traitement, randomisés avec un ratio 1:1 –, ceux ayant reçu une transplantation fécale ont rapporté moins d’épisodes d’EH et moins d’hospitalisations associées dans les six mois qui ont suivi l’intervention. Un an plus tard, leurs capacités cognitives étaient améliorées de manière significative.

« C’est un petit essai randomisé », reconnaît le Dr Bajaj, « mais nous pensons que ces résultats confirment que la transplantation fécale en provenance d’un donneur sélectionné est sûre, et associée à des gains substantiels et à long terme des résultats cognitifs et cliniques ».

Un caca pour tous

L’abondance relativement faible de certaines bactéries anaérobies (Lechnospiraceae et Ruminococcaceae), et à l’inverse particulièrement élevée de certaines Entérobactéries pathogènes, a été observée chez les patients souffrant d’EH. Constituant ainsi un profil bactérien lié à des pertes cognitives et à une inflammation systémique.

L’idée était donc de les rééquilibrer. « Nous avons identifié un donneur unique de matières fécales, pour lequel nous avions relevé la plus haute abondance relative de Lechnospiraceae et Ruminococcaceae », explique le Dr Bajaj. « Les lavements et transplantations fécales ont ensuite été réalisés avec un échantillon unique, en provenance de ce donneur ».

La piste du microbiote dans le traitement des EH n’est pas totalement nouvelle. Les anti- et pro-biotiques sont déjà utilisés pour réguler et équilibrer la flore intestinale, avec des résultats intéressants sur l’EH.

Source: 

Jonathan Herchkovitch

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