Journal d’un médecin en service Covid : « Des fins de vie très délicates à gérer »

Chaque semaine, le Dr Hakim Alami, 30 ans, pneumologue, PH contractuel au service Médecine intensive et réanimation du CHU de Nantes, raconte à What’s up Doc l’épidémie de l’intérieur. Chapitre 2, mercredi 25 novembre. 

WUD : Avez-vous toujours autant de patients Covid dans votre service ? 
Dr Hakim Alami : Oui, nous avons toujours entre 18 et 20 patients, ce qui remplit une bonne partie de notre service. Au niveau régional, on voit que la courbe commence à s’affaisser légèrement, mais nous sommes toujours beaucoup sollicités pour des cas de Covid. Sur les 5 lits dont je m’occupe, j’ai toujours 3 patients Covid. 
 
WUD : Quelles sont les nouvelles de vos patients qui étaient dans un état critique il y a 10 jours ? 
HA. L’un des patients est toujours avec nous, mais dans un état critique malheureusement, toujours intubé-ventilé. Un autre, qui avait autour de 70 ans, est décédé. Cette fin de vie a été très lourde pour tout le monde car c’était un patient qui avait été transféré d’une autre région. On a dû faire rapatrier sa famille par avion afin qu’elle puisse le voir une dernière fois. C’était la première fois que nous rencontrions sa famille… et le patient est décédé le jour-même. Ces circonstances exceptionnelles rendent encore plus difficile la gestion des fins de vie. Dans le service, on essaie d’avoir un peu de souplesse par rapport aux visites, mais le protocole est très strict, avec deux proches par patient maximum pendant tout le séjour, et test PCR obligatoire avant chaque visite. En revanche, mon patient de 40 ans a bien évolué. Il n’est pas passé loin de l’intubation mais a finalement pu sortir de notre unité…une chance ! 
 
WUD : Par rapport à la première vague, quels sont selon vous les progrès en matière de prise en charge thérapeutique des patients ? 
HA. La première vague a surtout été marquée par l’urgence avec laquelle il fallait s’équiper, protocoliser, former tout le monde. Là, on n’a plus cette urgence. On réutilise les protocoles déjà établis. A la lumière de la littérature scientifique, on met les patients sous corticoïdes dès le début et sous oxygénothérapie haut débit plus tôt qu’on ne le faisait avant. En termes de thérapeutiques, on a les idées plus claires. Lors de la première vague, on intubait les patients très précocement, ce qui n’était pas forcément pour leur rendre service, et ce qui a participé à surcharger les services de réanimation, à mon avis. Les nouveaux protocoles nous permettent d’avoir moins de patients intubés-ventilés en réa. 

WUD : Vous êtes sensé travailler combien d’heures par semaine ? 
HA. Je dois 10 demi-journées par semaine à l’hôpital, mais on travaille tous bien plus que la limite théorique de 48 heures/semaine. En moyenne, si je travaille de 9h à 19h, ça fait 10 heures, sur cinq jours, ça fait 50 heures. Si je rajoute une garde de week-end, ça fait 75 heures… En gros, je travaille entre 50 et 70 heures par semaine. 

WUD. Vous tenez le coup ?  
HA. Ma santé est globalement bonne. Je dirais que mon stress est modéré. Le sommeil, ça dépend des jours…Globalement, je vois dans mon service que tout le monde tient le coup, sûrement parce que nous sommes en nombre suffisant. Ce n’est pareil dans d’autres services, où il y a des personnels soignants arrêtés pour épuisement. On aimerait tous que cette vague s’arrête bientôt. 
 
WUD. Quelles sont vos astuces pour vous relaxer ? 
HA. On est confinés comme tout le monde… alors le soir, en rentrant, c’est principalement Netflix qui m’aide à me détendre, on ne va pas se mentir ! Sinon je cours de temps en temps, dans la limite des 1 km, comme tout le monde. J’espère que ça va devenir plus régulier !
 

Portrait de Sophie Cousin

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