Jabarkhail Abdul Nasir : parcours d’un médecin migrant

L'internat à tout prix

Jabarkhail Abdul Nasir est diplômé de médecine générale. Ce jeune Afghan d’une trentaine d’années aurait dû faire une brillante carrière dans son pays. Au lieu de cela, il a été contraint de fuir vers la France. What’s up Doc l’a rencontré. 

 

Une poignée de main dynamique, un grand sourire et une énergie comme on en croise peu. Jabarkhail Abdul Nasir est un battant et ça se sent. Pourtant cet Afghan réfugié en France depuis 2012 aurait eu plus d’une fois de bonnes raisons de baisser les bras. 

« Il ne faut jamais abandonner, jamais ! ». Cette phrase, Jabarkhail l’a souvent répétée pendant l’interview. C’est peut être ce qui résume le mieux sa vie. Originaire de Laghmân, à l’est de l’Afghanistan, il passe fin 2002 le concours d’entrée en fac de médecine, juste après l’arrivée des Américains sur le territoire. Premier de sa région, il entre en 2003 en première année à Kaboul. Il en sort en 2010 diplômé de médecine générale. 

En septembre de la même année, il commence son internat dans le prestigieux hôpital de Jamhuriat, à Kaboul. Il n’aura malheureusement le temps que d’y effectuer son premier semestre. Il fait en effet parti de l’entourage d’un homme politique assassiné par les talibans. Victime de pressions professionnelles et personnelles, Jabarkhail quitte l’Afghanistan en 2012, laissant sa famille derrière lui. Il arrive en France le 14 mai de la même année. 

Un arrêt provisoire…

Jabarkhail a de la famille en France, mais il nous explique qu’il n’est pas possible pour lui de séjourner chez ces lointains cousins. Fort de ses contacts et de son bon niveau d’anglais, le jeune interne décide alors de faire du territoire français une étape, avant un départ vers l’Angleterre. Projets qu’il doit abandonner au vu des évènements de Calais.

« J’aurais vraiment voulu passer par l’Angleterre. Reprendre les études de médecine là-bas, c’est plus simple qu’en France, je n’ai pas la barrière de la langue » explique le jeune Afghan qui a étudié en anglais à Kaboul.  

…revu en arrêt définitif

Jabarkhail fait alors une demande de papiers auprès des autorités françaises, qui lui accorde la protection subsidiaire pendant un an. Ce titre de séjour lui permet d’entamer les démarches pour passer les examens requis à la reprise de ses études de médecine.

Sept mois passent, le jeune médecin connait la rue, les foyers, et l’hébergement par des amis avant de rencontrer les équipes de France Terre d’Asile qui lui fournissent un logement à Nancy. « C’était très désespérant de dormir dans la rue. Je ne pouvais pas continuer comme ça, alors j’ai décidé d’aller à Nancy », se souvient-il. 

Arrivé sur place, il part s’inscrire à la faculté de lettres, toujours pour apprendre le français. Il obtient une bourse pour financer son année, et en juillet 2014, deux ans après son arrivée en France, il accède au statut de réfugié politique. 

La course aux stages

Après l’obtention de son diplôme, sa carte de séjour en poche, il envoie son CV partout en France pour demander à commencer son internat. Il finit par décrocher un poste au service de médecine interne-immunologie à l’hôpital Antoine-Béclère de Clamart grâce à un contact qu'une association d'aide aux médecins réfugiés lui fournit. De fil en aiguille, le médecin prend des contacts, passe quelques mois ici et là en stage bénévole, notamment à l’hôpital de Cergy, et finit par obtenir le statut de Praticien attaché associé faisant fonction d’interne (PAA-FFI). 

Aujourd’hui, il espère obtenir un poste de PAA dans le sud de la France. Et si le temps de la galère semble s’éloigner progressivement, Jabarkhail confie que malgré les épreuves qu'il a traversé, l'obstacle le plus difficile à franchir reste l'apprentissage du français. 

 

Source: 

Johana Hallmann

Portrait de La rédaction

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