Incidents au cabinet : quand attendre rend dingue

Moins d’ophtalmo, plus d’agressions

Les incidents au cabinet se multiplient et les ophtalmo sont en première ligne, juste après les généralistes. En cause, bien souvent : un temps d’attente jugé excessif par les patients.

C’est le printemps et comme chaque année, les chiffres de l’Ordre sur la sécurité des médecins viennent gâcher la fête. Altercations verbales, agressions physiques, tentatives de vol ou vandalisme : les toubibs font de plus en plus souvent les frais de leurs patients. Avec 968 déclarations d’incidents en 2016 (contre 924 en 2015), les incidents se maintiennent à un niveau élevé, sensible depuis 2010.

Si les généralistes sont en première ligne (65 % des déclarants), ce sont les ophtalmo qui remportent la palme des déclarations d’incidents (6%) chez les spécialistes, loin devant les psy, les dermato et les gynéco-obs (2 %). Et alors que le temps d’attente n’est qu’en 4e position des motifs d’agressions chez les autres médecins, il grimpe à la 2e place chez les ophtalmo, derrière les reproches sur la prise en charge.

Bref, attendre, ça énerve…

Rien d’étonnant pour le Dr Thierry Bour, président du syndicat national des ophtalmologistes (Snof). « Nos secrétaires se font souvent prendre à partie parce qu'elles n’arrivent pas à trouver un rendez-vous dans un délai raisonnable. », explique-t-il. « Les gens attendent six mois ou un an et le jour où ils arrivent, ils attendent encore parce que l'ophtalmo est en retard à cause des urgences ».

De l’électricité dans l’air

Depuis quelques années, les tension sociales et politiques viennent aussi mettre leur grain de sel. « Je me souviens d’une agression dans mon cabinet : une dame avait manqué son rendez-vous et voulait être prise toute de suite. Quand mon associé a refusé, elle a fait un scandale et l’a agressé physiquement », se souvient Thierry Bour, installé à Metz. « C’était en 2002, au lendemain du premier tour de la présidentielle. Elle lui a dit "je suis sûre que vous avez voté Le Pen !"... »

Mais si la question sociale ne risque pas de se régler du jour au lendemain, celle de la pénurie d’ophtalmo n’est guère mieux engagée. « On forme 150 internes par an alors qu’il y a 250 départs à la retraite », explique Thierry Bour, et ce alors que le vieillissement de la population et l’innovation thérapeutique se traduisent par une hausse de la demande de soins.

Éviter le « revenez dans un an »...

Et le praticien de déplorer que la nouvelle maquette, prévue dans le cadre de la réforme du 3e cycle, soit « essentiellement centrée sur la formation en CHU » quand 8 ophtalmo sur 10 exercent en ville. Le président du Snof estime qu’il y a pourtant chez les praticiens libéraux un « engouement » pour l’accueil d’internes, et appelle à rendre obligatoire au moins un stage ambulatoire au sein du futur DES. La délégation de tâche est aussi une solution mise en avant par le syndicat.

Mais en attendant une conjoncture plus favorable, comment éviter de servir de punching ball à des patients énervés ? « Il faut changer de stratégie de rendez-vous », conseille Thierry Bour. « Libérer des plages à rendez-vous courts, pour donner des recours aux gens, et développer les rendez-vous en ligne. » Sans oublier un peu de pédagogie ostensible : « une vidéosurveillance bien visible » et des « affiches de bonne conduite » peuvent aussi aider à détendre l’atmosphère.

Source: 

Yvan Pandelé

Portrait de La rédaction

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