Hamon et la chasse aux perturbateurs endocriniens

Ces mesures santé qui nous intriguent (épisode 2)

Benoit Hamon le dit, et le répète : la chasse aux perturbateurs endocriniens sera ouverte dès son élection. Pour nous en parler, le Pr Alfred Spira, épidémiologiste, en charge du programme santé du candidat Benoit Hamon.

 

What’s up Doc. Comment définir un perturbateur endocrinien ?

Alfred Spira. C’est une substance qui modifie le fonctionnement hormonal de l’organisme et qui donc est à l’origine de pathologies multiformes : immunitaires, neuro-développementales, cancéreuses… Elle porte atteinte aux personnes exposées mais aussi à la descendance par des mécanismes de transmissions épigénétiques.

 

WUD. Comment sommes-nous exposés à ces substances ?

AS. On en trouve dans des pesticides, des plastiques, des cosmétiques… Les effets sont particulièrement importants en cas d’exposition intra-utérine ou durant la petite enfance, mais aussi plus tardivement.

 

WUD. Comment se caractérise leur toxicité ?

AS. C’est tout le problème ! Ces substances ne répondent pas à un modèle de toxicité classique. Tout d’abord, de faibles doses peuvent avoir un effet aussi important que de plus fortes, à partir du moment par exemple où une quantité de substances parvient à fixer des récepteurs hormonaux… Ensuite, il existe un « effet cocktail » par multiplicité des substances et des modes d’exposition.

Dans ce contexte, des lobbies industriels contestataires poussent à minimiser leur impact auprès de scientifiques comme au niveau législatif.

 

WUD. Quels sont les arguments des contestataires ?

AS. Ils s’appuient justement sur la difficulté à fournir une preuve strictement scientifique de l’imputabilité des pathologies à chaque substance. Néanmoins, les données publiées sont suffisamment fournies pour que la communauté scientifique reconnaisse cette toxicité. Là n’est plus le débat. Il faut agir !

On a le sentiment de voir se répéter les mêmes mécanismes qu’avec le tabac, dans la période des années 50 à 70 où existaient les données sur la toxicité mais où rien n’était encore entrepris pour informer et protéger la population.

 

WUD. Concrètement, quelles seraient vos mesures dans ce domaine ?

AS. Il faut mettre en place des mesures de restriction non seulement en France mais au niveau européen. Pour l’instant la commission européenne n’a toujours pas même défini ce qu’est un perturbateur endocrinien ! La France a commencé à en interdire certain comme le bisphénol A mais puisqu’il reste autorisé en Europe, l’impact est mineur. Dans ses premières mesures, Benoit Hamon prévoit d’interdire la production, l’importation et l’utilisation des perturbateurs endocriniens et pesticides dangereux et de le porter au niveau européen.

Il faut aussi mobiliser la recherche afin de remplacer ces substances.

 

WUD. Et quel peut être le rôle des médecins, des professionnels de santé ?

AS. En premier lieu, le milieu médical est concerné en termes d’exposition : matériel médical et médicaments peuvent contenir des perturbateurs endocriniens. Et de manière générale, les professionnels de santé doivent être mieux informés et formés dans ce domaine. Ils doivent être associés aux actions de prévention et d’éducation à la santé des populations.

Les perturbateurs endocriniens étant partout, ces interventions sont à inclure dans une démarche globale (nutrition, environnement, etc.) de prévention et d’éducation à la santé prévue dans notre programme dès l’école maternelle.

 

 

Pour plus de détails sur les perturbateurs endocriniens : le site de l’anses.

 

Retrouvez l’épisode 1, « Coup de projecteur sur… le service sanitaire de Macron ».

 

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Propos recueillis par Alice Deschenau

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