Grève du codage : les grévistes victimes de pressions et menaces

Mise en œuvre dans de nombreux établissements à l’initiative du collectif Inter-Hôpitaux (CIH), la grève du codage ferait peur aux directions qui ne lésineraient pas sur les mesures de rétorsion et les tentatives d’intimidation vis-à-vis des grévistes...

Pressions, menaces, désinformation, fake news… Votée le 10 octobre dernier, lors de la première assemblée générale du collectif Inter-Hôpitaux (CIH), la grève du codage, qui est mise en œuvre dans de nombreux établissements, serait à l’origine de mesures de rétorsion et de tentatives d’intimidation de la part des directions, se fait l’écho le CIH, dans un courrier diffusé sur Twitter.

De nombreux établissements ont en effet fait état de difficultés ayant conduit certains services à abandonner la grève du codage, poursuit le collectif qui ajoute que certains « subissent des pressions de leurs directions » : reprise du codage marchandée contre accès à des traitements vitaux ou à des moyens logistiques, convocation par la direction pour un plan d’action de sortie de grève du codage…
 
Comme si cela ne suffisait pas, « des informations erronées circulent » pour souligner « un impact négatif de cette grève sur les groupes hospitaliers » et insister « sur son côté irréversible », croit savoir le CIH qui avertit qu’il rendra publique toute tentative d’intimidation pour pousser à la reprise du codage, qui semble-t-il, commence sérieusement à peser dans le rapport de force.

Les directions flippent 

Preuve que tout cela fait peur aux tutelles ou aux directeurs d’hôpitaux : la direction de la Pitié Salpétrière ferait du chantage aux médicaments avec les services grévistes, selon Le Canard enchaîné qui a rapporté les propos d’André Grimaldi, l’un des chefs de file du CIH : « La direction a dit « Si vous voulez vos CAR-T cells (médicaments à 350 000 euros pour traiter la leucémie, NDLR), vous arrêtez votre grève du codage. » Le chantage serait similaire pour obtenir des infirmiers ou tel ou tel crédit….
 
Bref, pour le CIH, la grève du codage donnerait des sueurs froides aux directions des hôpitaux qui déplorent un « manque à gagner important se chiffrant à plusieurs centaines de millions d’euros (270 à 300 millions lors du dernier trimestre 2019, soit 17 % des recettes, selon Le Canard enchaîné, NDLR). »
 
Si bien que les ARS ont dû consentir à une avance de trésorerie de 90 % de leurs recettes T2A (tarification à l’acte) à la même période de l’année précédente, afin d’éviter le défaut de paiement des établissements et le paiement des salaires, expliquait dans un article Les Échos, qui, faut-il le rappeler, appartient au pôle média du groupe LVMH de Bernard Arnault...
 
Sauf que « les établissements ont 12 mois après la sortie du patient pour rattraper le codage », contrebalance le CIH, ce qui signifie que « la grève peut donc continuer car nous avons 12 mois pour rattraper les séjours non codés ».

Poursuite de la grève 

Le collectif a également profité de son courrier pour dire haut et fort que, malgré la grève du codage, « la communauté médicale n’a jamais baissé la garde sur la qualité et la sécurité des soins qui n’a rien à voir avec la facturation effectuée ou non ».
 
Enfin, le CIH rappelle les raisons pour lesquelles il est plus que jamais décidé à poursuivre la grève du codage. Tout d’abord, parce qu’il refuse de « participer à un système de financement inadapté » qui « engendre un déficit préoccupant ». Mais aussi car ses membres s’opposent désormais à « consacrer leur temps à la facturation » alors qu’ils en manquent cruellement pour les soins.
 
Et de conclure que les médecins ne sont pas « des facturiers mais des médecins hospitaliers » décidés à se consacrer à leurs tâches.
 

Portrait de Julien Moschetti

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