Google Translate mal aux urgences ?

Le logiciel de traduction automatique peut être un outil efficace pour rédiger des instructions de sortie à des patients étrangers aux urgences, selon une étude américaine. Mais quels sont les risques encourus ? Réponses concrètes, témoignage d’urgentiste à l’appui.

L'instruction était la suivante : consulter un médecin dès le lendemain pour renouveler la prescription et rechercher immédiatement des soins médicaux en cas de confusion, douleur abdominale sévère ou nausées et vomissements. Selon les résultats d’une étude américaine publiée dans le JAMA Internal Medicine, l’instruction a pris la forme suivante suite à l’utilisation de Google Translate :
 
« Si vous vous sentez confus, avez de sérieux maux d'estomac ou des nausées et vomissements, aller voir votre médecin de famille pour renouveler la prescription… ». Ce qui n’est pas tout à fait la même chose… et ce qui peut accessoirement faire courir des risques aux patients.
 
Si l'ancienne version du logiciel de traduction automatique avait une fiabilité limitée en médecine, le nouvel algorithme de Google Translate est fiable dans la majorité des cas, quand il s’agit de rédiger les instructions de sortie destinées à des patients étrangers admis aux urgences.
 
L’intérêt est double car non seulement ces patients ne parlent pas toujours la langue du pays, mais les médecins qui les soignent ne sont pas non plus d'excellents polyglottes. « All is gooood, Miss Watçon ? Inderstoood ?»
 
Des chercheurs américains du Zuckerberg San Francisco General Hospital se sont donc penchés sur la fiabilité de Google Translate, afin de vérifier si son utilisation pouvait faire courir des risques aux patients.
 
Le test a porté sur une série de 100 instructions de sortie, contenant au total 647 phrases. Google Translate a été utilisé pour traduire, d'une part en espagnol, d'autre part en chinois, ces instructions rédigées en anglais.
 
Verdict ? Les traductions étaient justes dans 92% des phrases pour le passage de l'anglais à l'espagnol et dans 81% des cas pour le passage au chinois. Il y avait donc un nombre significatif d'informations inexactes : 8% des phrases traduites en espagnol et 19% de celles traduites en chinois.
 
Plus grave : certaines imprécisions de traduction auraient pu être dangereuses pour le patient. C'était notamment le cas de 2% des traductions en espagnol et de 8% des traductions en chinois. A l’image de l’exemple de cette mauvaise traduction en début d’article. Mais aussi de celle-ci : la recommandation d'éviter de prendre un médicament pour les reins en attendant de voir un néphrologue s’est transformée en recommandation de prendre le médicament ! Belle performance technique ! On applaudit !

Il y a toujours un traducteur aux urgences

Conclusion des chercheurs : pour éviter ce type d’erreurs, les patients devraient lire les instructions en même temps qu'ils reçoivent des instructions verbales, sous l’œil bienveillant des médecins (non polyglottes), cela va de soi.
 
Autres mesures de précaution à prendre : bien vérifier l'orthographe et la grammaire des instructions dans la langue initiale pour limiter les problèmes de traduction. Mais aussi éviter les termes trop "jargonneux" ou le langage trop familier qui seraient susceptibles de favoriser les erreurs de traduction.
 
Mais qu’en est-il sur le terrain en France ? En particulier dans les unités d’urgences (UC) ? Tout d’abord, « aux États-Unis, les instructions de sortie font quatre pages, ce qui n’est pas le cas en France car on se contente de donner aux patients une ordonnance et un dossier en français aux patients », observe une urgentiste exerçant en grande banlieue parisienne.
 
Quand elle est confrontée à des patients ne parlant pas le français, l’urgentiste essaye en règle générale « de faire intervenir la famille, les accompagnants ou un membre du personnel qui parlerait la même langue qu’eux. » Parler permet en effet d’avoir « plus d’interaction avec le patient, ce qui est particulièrement important dans les UC », selon elle. Quand ce n’est pas possible, on peut également « interagir sans parler avec le patient, en lui demandant par exemple où il a mal avec des gestes. »
 
Mais, la plupart du temps, « il y a toujours quelqu’un qui parle anglais, espagnol ou arabe dans un service, selon elle. Le problème principal se pose avec les patients chinois. C’est donc uniquement avec eux que j’utilise Google Translate, car cela permet d’interagir un peu plus facilement. » L’urgentiste utilise donc le logiciel de « manière très ponctuelle, uniquement pour les patients avec lesquels aucune autre interaction n’est possible ».
 
Pourtant, parfois, toute tentative de traduction semble condamnée d’office à l’échec. Quand, par exemple, « des Tamouls arrivent bourrés aux urgences car ils ne tiennent pas bien l’alcool, confie l’urgentiste. Tout à coup, c’est beaucoup plus compliqué… » Car ce n’est plus seulement la barrière de la langue qui renforce le risque d’erreurs, mais le mur de l'ivresse !
 

Source: 

Avec APMNews

Portrait de Julien Moschetti

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