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Un attachement au modèle, mais une lucidité sur ses failles
Commençons par ce qui tient. 90 % des professionnels de santé et de l’accompagnement se disent attachés au modèle de protection sociale français. Ce n'est pas de la nostalgie : c'est une conviction. Garantir à chacun l'accès aux soins, le principe de solidarité, l'égalité de traitement, voilà ce qui fonde cet attachement. Le modèle, ils y croient.
Mais y croire ne signifie pas fermer les yeux. 58 % disent qu’il faut lutter contre la financiarisation du système, autrement dit, l'intrusion croissante de la logique spéculative dans un secteur qui, à leurs yeux, n'a pas vocation à en suivre les règles.
Et sur la question de l'équilibre budgétaire de la Sécurité sociale, leur réponse est nette : 63 % préfèrent maîtriser les dépenses plutôt qu'augmenter les recettes. Des soignants gestionnaires, en somme. Ou du moins, des soignants qui ont compris que l'argent ne résout pas tout.
Accès, attractivité, délais : le podium des urgences
Quand on leur demande ce qui devrait être traité en premier, le message est sans ambiguïté. À égalité en tête du classement : l'accès à des soins de qualité pour tous et l'attractivité des métiers de santé, chacun cité par 47 % des professionnels. Juste derrière, la réduction des délais d'attente (43 %).
Ce trio dit quelque chose d'important : les soignants ne parlent pas d'abord d'eux-mêmes, mais du système dans son ensemble. L'accès aux soins avant la rémunération, la qualité avant les avantages catégoriels. La prévention arrive en quatrième position, la santé mentale en cinquième, deux sujets dont on parle beaucoup, mais qui ne s'imposent pas encore comme des urgences absolues aux yeux du terrain.
Quant à la note globale attribuée à la prise en charge de la santé en France : 2,55 sur 4. Pas catastrophique. Pas glorieux non plus. Le genre de note qui dit "peut mieux faire" sans dire "tout est à refaire".
Le quotidien, version non édulcorée
Ce que les soignants décrivent de leur vie professionnelle au jour le jour ressemble moins à une vocation épanouie qu'à une course d'obstacles permanente. Près d'un sur deux (48 %) cite en premier la dégradation des conditions de travail, manque de moyens humains et financiers, surcharge, travail dans l'urgence. Le tableau est connu, mais les chiffres le confirment noir sur blanc.
32 % pointent le manque de reconnaissance et de valorisation. Et 28 % désignent les choix politiques et organisationnels comme source de difficulté, avec en tête un grand classique : la lourdeur administrative et la bureaucratie, citée par 19 % des répondants. Presque un soignant sur cinq qui dit, en substance, qu'une partie non négligeable de son énergie part dans des formulaires plutôt que dans des soins.
Même proportion (28 %) pour l'accès aux soins et les délais, non plus comme problème de santé publique abstrait, mais comme réalité vécue dans leur propre exercice. Et 17 % citent le manque de professionnels, dont 6 % pointent spécifiquement le déficit de médecins généralistes. Le serpent qui se mord la queue : des soignants qui pointent le manque de soignants.
La rémunération : le sujet qu'on ne peut plus esquiver
C'est peut-être là que les chiffres font le plus mal. Chez les libéraux, 82 % jugent les rémunérations conventionnelles inadaptées. Pas insuffisantes : inadaptées. La nuance compte. Ce n'est pas seulement une question de montant, c'est une question de cohérence. 42 % vont même jusqu'à dire qu'elles ne sont « pas du tout adaptées », une formulation qui ne laisse pas beaucoup de place à l'interprétation.
Les raisons avancées dessinent un système à la peine : une tarification à l'acte jugée sous-évaluée (26 %), des tarifs qui ne tiennent pas compte du temps réellement passé avec le patient (20 %), des charges en hausse (19 %), une perte de pouvoir d'achat (18 %). La valse des pourcentages raconte une seule histoire : celle d'un modèle de rémunération conçu pour une autre époque.
Du côté des salariés, public et privé confondus, le constat n'est guère plus réjouissant : 70 % estiment aussi leur rémunération inadaptée. La moitié d'entre eux considèrent que leur salaire ne reconnaît ni leur travail ni leurs compétences. 41 % qu'il ne compense pas la charge réelle. 35 % qu'il est déconnecté du coût de la vie. Libéraux ou salariés, le sentiment est partagé : on ne paie pas les soignants à la hauteur de ce qu'ils font.
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Ce que les soignants veulent, concrètement
Les États généraux n'ont pas seulement produit des constats, ils ont aussi recueilli des idées. Et les professionnels ne manquent pas d'imagination, ni de pragmatisme. Dans les réponses ouvertes, quelques priorités reviennent en boucle : augmenter les effectifs médicaux (8 %), réduire la charge administrative (5 %), lutter contre les déserts médicaux (5 %), revaloriser les métiers soignants (4 %).
Plus largement, les pistes évoquées incluent le développement de la prévention, un meilleur contrôle des fraudes, la simplification des démarches et le renforcement de l'accès aux soins pour tous. Rien de révolutionnaire, dira-t-on. Peut-être. Mais l'addition de ces mesures, si elle était vraiment mise en œuvre, changerait considérablement le quotidien de celles et ceux qui font tourner le système.