Essentielle pour naviguer à vue : la vision des enjeux économiques

En 2000, le classement de l'OMS qui placait la France en pôle position nous a fait beaucoup de mal : si notre modèle est si parfait, pourquoi le faire évoluer ?

Notre système de santé est efficace. C’est vrai (1). Mais les résultats obtenus sont-ils au niveau des moyens mis sur la table (11 % de notre PIB) ? Plusieurs études internationales (2,3) pointent du doigt une certaine inefficience du modèle tricolore.

 

Petits rappels sur le financement de la sécu

 

Notre système de santé est historiquement bismarckien : les salariés cotisent à une assurance pour être indemnisés en cas de problème. Ce financement s’est progressivement transformé : avec des prélèvements sur le travail (une partie de la différence entre le brut et le net des revenus), soit 45 % de son financement, mais aussi avec un impôt appelé « cotisation sociale généralisée » dont l’assiette est plus large (retraite, patrimoine, placements…) représentant 35 % de ses recettes. Ces multiples sources de financement évitent ainsi un « trou de la Sécu » structurel avec le chômage et un allègement du coût du travail.

 

Des dépenses de santé qui n’ont pas vocation à baisser

 

Les progrès de la médecine, la chronicisation des maladies et le vieillissement de la population font augmenter les dépenses de santé d’environ 4 % chaque année. Entre 2012 et 2017, la croissance économique de la France a été de 1 %. Toute augmentation des dépenses au-delà de ce 1 % devient donc un effort collectif. Or l’augmentation des dépenses d’Assurance Maladie est fixée d’une année sur l’autre autour de 2 %. Il faut alors trouver des solutions pour diviser par 2 l’augmentation des dépenses (soit 4,2 milliards d’euros d’économies en 2018).

 

Des économies nécessaires chaque année sur les 2 % de croissance des dépenses sur la période 2012-2016 (4) : plus de la moitié était due à l’activité hospitalière ; un tiers seulement aux soins de ville ; enfin, les médicaments n’ont pas eu d’impact (l’augmentation de la consommation a été totalement compensée par des baisses de prix). En 2018, les économies réalisées sont essentiellement supportées par l’hôpital (35 %) et les produits de santé (35 %), et dans une moindre mesure par la ville (8 %) (5). En l’absence de réforme structurelle, l’impression d’économies par “coups de rabot” aveugles et successifs ne fait qu’augmenter la défiance des professionnels.

 

Rendre soutenable notre module : la méthode buzyn

 

Depuis son arrivée, Agnès Buzyn a adopté une approche (permise par sa légitimité professionnelle) : celle de la pertinence. C’est-à-dire la chasse aux actes non justifiés sur le plan médical (estimés à 30 % des dépenses), et la lutte contre le non-recours aux soins nécessaires. Cette vision économique médicalisée et moins gestionnaire doit encore convaincre les professionnels. Affaire à suivre…

 

Sources

 

1/ Healthcare Access and Quality Index based on mortality from causes amenable to personal health care in 195 countries and territories, 1990- 2015: a novel analysis from the Global Burden of Disease Study 2015.

2/ The Lancet - mai 2017.2 Pritchard, C., & Wallace, M. S. (2011). Comparing the USA, UK and 17 Western countries’ efficiency and effectiveness in reducing mortality. JRSM Short Reports, 2(7), 60.3 Pritchard, C.,

3/ Hickish, T., Rosenorn-Lanng, E., & Wallace, M. (2016). Comparing UK and 20 Western countries’ efficiency in reducing adult (55–74) cancer and total mortality rates 1989–2010: Cause for cautious celebration? A population-based study. JRSM Open, 7(6), 2054270416635036.

4/ DREES, septembre 2017, Les dépenses de santé en 2016.

5/ Loi de financement de la Sécurité sociale pour 2018.

Portrait de Mickael Benzaqui

Le gros dossier

 

Le magazine What’s Up Doc est édité par l’agence Planète Med.