Deux suicides de jeunes filles en cinq mois, l'hôpital Ambroise-Paré visé par des plaintes pour homicide involontaire

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En 2021, deux jeunes filles se sont données la mort en l'espace de cinq mois, au sein du même service pédiatrique de l'hôpital Ambroise-Paré (Hauts-de-Seine). Leurs parents, qui ont déposé plainte pour homicide involontaire, ont expliqué leur motivations dans les colonnes du Parisien

Deux suicides de jeunes filles en cinq mois, l'hôpital Ambroise-Paré visé par des plaintes pour homicide involontaire

© Midjourney x What's up Doc

Marie*, 13 ans, s’automutile depuis plusieurs mois. Elle est admise en juin 2021 à l’hôpital Ambroise-Paré, sous l’impulsion du chef de service de médecine des adolescents. 

« Il nous a expliqué que son service était spécialisé pour les ados comme elle. Elle a eu une place en deux jours (…) J’ai pensé que s’il y avait bien un endroit où elle serait en sécurité, ce serait là », explique au Parisien son père Raphaël. 

Une semaine plus tard, il retrouve sa fille les bras bandés. Elle s'était ouvert les poignets avec les ressorts de son lit. 

Quelques jours plus tard, deux heures après avoir échangé avec le père de l'adolescente sur un ton plutôt rassurant, le chef de service le rappelle, catastrophé : Marie s’est pendue aux barreaux de son lit avec ses bandages. La jeune fille succombera à ses blessures la semaine suivante. 

Raphaël est dans l'incompréhension : « Le risque est parfaitement identifié, on leur enlève tout : shampoing, rasoir, cordelettes des joggings et même stylos à bille. Mais on leur laisse des lits à barreaux et des bandages ? ».

Fou de douleur et de colère, le père a déposé plainte pour homicide involontaire. 

Son avocat Me Laforcade accuse : « Le manquement à une obligation de prudence ou de sécurité est parfaitement caractérisé »,  

Juliette s'est défenestrée dans la même service

Cinq mois plus tôt, une autre adolescente souffrant d'anorexie s’était déjà donné la mort dans le même service, expliquait à l’époque le journal Le Monde.

Prise d'une bouffée de panique, Juliette était parvenue à briser le verre de la fenêtre de sa chambre avec une chaise, avant d’être rapidement pris en charge, souffrant de coupures. Le temps que les soignants aillent chercher du matériel de premier secours, la jeune fille s'est jetée par la fenêtre qu’elle avait brisée. 

Sa mère Véronique, est elle aussi révoltée. « C’est un raptus anxieux, ça arrive. Voilà ce qu’on m’a dit ! Quand j’ai demandé si le protocole avait été suivi, j’ai compris qu’il n’y en avait pas vraiment. » rapporte-t-elle au Parisien. 

Et même si le service est un service de pédiatrie, et non pas de pedo-psychiatrie spécialisée, elle l’assure que « le site Internet de l’hôpital spécifiait bien qu’ils accueillaient des adolescents ayant des troubles du comportement alimentaire et ayant fait des tentatives de suicide ». Cette dernière mention a disparu depuis. 

https://www.whatsupdoc-lemag.fr/article/hausse-brutale-des-hospitalisations-pour-tentatives-de-suicide-et-auto-mutilations-et-deux

« La survenue de deux événements similaires dans le même service, en si peu de temps, renforce la pertinence des plaintes et ne peut que questionner la capacité de cette infrastructure à accueillir une population clairement identifiée comme à risque », a déclaré Me Laforcade. 

Comme Raphaël, la mère de Juliette ne veut pas accabler les soignants présents ce jour-là, eux mêmes traumatisés, mais souhaite que l'hôpital reconnaisse un dysfonctionnement dans la prise en charge de sa fille. 

Un dysfonctionnement qu'on connait trop bien : la santé mentale des jeunes est de plus en plus dégradée (un chiffre pour le rappeler : un quart des lycéens a des pensées suicidaires d'après l'École des hautes études en santé publique paru en Avril 2024)), alors que la pénurie de psychiatres et de pédo-psychiatres oblige les hôpitaux à assurer des prises en charge complexes sans moyen suffisant. 

Source:

Le Parisien et Le Monde

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