Dépassements d'honoraires : quelles spécialités font vraiment monter la note ?

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4,9 milliards d'euros. En cinq ans, le montant total des dépassements a bondi de près de 70 %. Derrière ce chiffre brut se cache une réalité bien plus nuancée, et bien plus inégale. Alors quels spécialistes complètent le plus ses honoraires ?

Dépassements d'honoraires : quelles spécialités font vraiment monter la note ?

© Midjourney x What's up Doc

Commençons par ce que les données disent vraiment. Entre 2005 et 2019, les dépassements d'honoraires ont progressé lentement, presque sagement : de 1,9 milliard à un plateau stabilisé autour de 3 milliards. Puis la crise sanitaire est passée par là. Et depuis, quelque chose a changé. De 2,9 milliards en 2020, on atteint 4,9 milliards en 2025 selon les données provisoires de l'Assurance maladie. Deux milliards de plus en cinq ans. +69 %. C'est la rupture qui mérite qu'on s'y arrête.

Mais attention à la lecture rapide. Cette hausse n'est pas le signe que les médecins basculent massivement en secteur 2. Ce serait méconnaître la réalité du terrain : le secteur 2, dans de nombreuses disciplines, est déjà la norme depuis longtemps. En chirurgie, 86 % des praticiens y exercent. En gynécologie-obstétrique, 78 %. En ORL et en ophtalmologie, respectivement 73 % et 72 %. La structure est là, bien en place. Ce n'est pas elle qui a bougé.

Ce n'est pas la même histoire selon la spécialité

Ce qui frappe, quand on plonge dans les données par spécialité, c'est l'amplitude des écarts. Les gynécologues-obstétriciens affichent un taux de dépassement de 63,1 %, les chirurgiens 62,4 %, les anesthésistes 61,1 %. À l'autre bout du spectre, les cardiologues restent à 23,9 %, et 61,7 % de leurs actes sont facturés au tarif opposable.

Ces chiffres ne racontent pas la même histoire selon les disciplines. Certaines spécialités cumulent les trois facteurs qui font peser le plus lourd dans la balance : une forte présence en secteur 2, des taux de dépassement élevés, et des montants importants dans le haut de la distribution. C'est le cas de la chirurgie, de la gynécologie-obstétrique et de l'anesthésie, dans une moindre mesure de l'ophtalmologie et de la stomatologie. D'autres spécialités, pourtant très présentes en secteur 2, maintiennent un recours fréquent au tarif opposable — ce qui change considérablement l'impact réel sur les patients.

Une minorité de médecins qui tire les chiffres vers le haut

C'est peut-être l'enseignement le plus important, et le moins souvent mis en avant. Les montants moyens de dépassements par patient sont, pris seuls, relativement modérés. En chirurgie, la moyenne est de 153 euros par an. En stomatologie, 121 euros. En anesthésie, 112 euros. Rien d'astronomique, a priori.

Mais c’est sans s’attarder sur les les 5 % de médecins les plus chers dans leur spécialité : en chirurgie, ils montent à 721 euros. En stomatologie, à 415 euros. En anesthésie, à 400 euros. Dans toutes les spés sans exception, ce seuil des 5 % des praticiens qui facturent le plus, représente des montants trois à cinq fois supérieurs à la moyenne. En gériatrie, la moyenne est à 85 euros, et les 5 % culminent à 381 euros. En gynécologie-obstétrique, 75 euros en moyenne contre 289 euros pour les cas les plus élevés.

Donc c’est assez clair, la hausse globale est portée par une minorité de praticiens aux pratiques tarifaires nettement au-dessus de la norme. Ce n'est pas un phénomène homogène. C'est une concentration.

La vraie question : les pratiques, pas le système

Si la structure du système n'a pas fondamentalement changé, qu'est-ce qui explique alors cette accélération depuis 2020 ? Plusieurs hypothèses se croisent. La stagnation des tarifs opposables, dont la revalorisation est régulièrement jugée insuffisante par les syndicats, pousse mécaniquement certains praticiens à compenser par les dépassements. La montée en puissance des actes techniques, mieux valorisés en secteur 2, joue également un rôle. Et dans certaines spécialités, les pratiques tarifaires semblent tout simplement s'être intensifiées, sans transformation du cadre conventionnel.

https://www.whatsupdoc-lemag.fr/article/le-site-montrer-aux-patients-quand-la-question-des-depassements-dhonoraires-fache

C'est ce dernier point qui devrait alimenter les débats à venir. Les négociations entre l'Assurance maladie et les syndicats médicaux s'annoncent tendues, dans un contexte où la question du reste à charge et de l'accès aux soins monte en puissance dans le débat public. Et pourtant les données montrent que le problème est concentré, entre quelques spécialités et une minorité de praticiens…

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