Démographie médicale : le désert gagne du terrain

Et les aides à l'installation vont pleuvoir

Pour inciter davantage de médecins à s’y aventurer, le ministère étend la définition des déserts médicaux, et les aides à l’installation avec.

 

Le désert progresse. Mais pour une fois, c’est plutôt une bonne nouvelle. Le ministère de la Santé a décidé de modifier la définition du désert médical. Une évolution qui devrait doubler le nombre de patients concernés, de 6 à 12 millions, et élargir le champ des aides à l’installation pour les médecins.

En effet, lorsqu’il s’installe dans un désert médical, le jeune toubib frais émoulu bénéficie d’une aide forfaitaire de 50 000 euros. Il peut également signer un contrat avec l’ARS locale, qui lui assure des aides en cas de rupture d’activité et un complément de revenu (jusqu’à 6900 euros brut par mois) en début d’installation. Mais encore faut-il savoir ce qu’est un désert médical.

Une définition trop fruste

Jusqu’à présent, le désert médical se définit essentiellement par le manque de médecins. Pour en délimiter le tracé, les ARS se bornent peu ou prou à évaluer le nombre de généralistes actifs par habitant sur chaque territoire. Si cette densité est très inférieure à la moyenne nationale, celui-ci est considéré comme une zone fragile ou déficitaire.

Le hic, c’est que la seule densité médicale échoue à bien décrire les difficultés d’accès aux soins. Imaginons un territoire où vivent beaucoup de personnes âgées, où les chemins sont rares et boueux, et les toubibs aussi vieillissants que leurs patients. Bref, le genre de lieu qui n’attire plus les jeunes médecins, entre Pétaouchnok et Trou-les-Bains.

Dans ce paysage de carte postale, non seulement l’accès aux soins est difficile, mais il ne risque pas de s’améliorer. Et pourtant, un tel territoire n’est pas nécessairement considéré comme une zone fragile ou déficitaire : il suffit que que subsistent encore un certain nombre de courageux médecins chenus. Qui partiront tous à la retraite dans cinq ou dix ans…

Gouttes d'eau sur pierres brûlantes

Ainsi que le résume le ministère, il s’agit donc d’anticiper « les futurs départs à la retraite dans des territoires (…) dont la situation s’aggravera en l’absence d’orientation politique forte ». C'est la raison pour laquelle de nouveaux critères seront désormais pris en compte pour définir les déserts médicaux : les besoins de soins en fonction de l’âge des habitants, le temps d’accès par la route aux généralistes, le volume d’activité et l’âge des médecins.

Cela suffira-t-il à affronter la tempête qui s’annonce en termes de démographie médicale ? Rien n’est moins sûr. Mais à l’heure où beaucoup envisagent des mesures moins consensuelles, comme le conventionnement sélectif (Hamon) ou encore les stages en déserts médicaux pendant les études (Macron, Le Pen), c’est toujours ça de pris pour les jeunes médecins.

Source: 

Yvan Pandelé

Portrait de La rédaction

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