Décès de patients : une étude montre l’impact sur la santé mentale des soignants et l’absence de soutien institutionnel

Article Article

Troubles du sommeil, culpabilité ou remise en question : une étude inédite menée en France met en lumière l’impact psychologique durable des décès de patients sur les médecins, un phénomène encore largement absent des dispositifs de formation et d’accompagnement.

Décès de patients : une étude montre l’impact sur la santé mentale des soignants et l’absence de soutien institutionnel

Image générée par IA

Près de 60 % des décès surviennent à l’hôpital, souvent en dehors des unités spécialisées, exposant les soignants à ces situations sans toujours disposer de cadres adaptés pour en gérer les conséquences émotionnelles.

Baptisée « HEART-DEATHS », l’étude, commandée par Les Survivants, un collectif de soignants, a été menée auprès de 497 médecins, et constitue la première cartographie nationale des émotions ressenties face à dix types de décès. Elle montre que ces réactions ne relèvent pas d’un défaut de professionnalisme mais de réponses humaines à des situations extrêmes.

Un impact notable sur le soignant

Selon les résultats, la mort brutale ou inattendue, vécue par 60,6 % des médecins interrogés, est principalement associée à un sentiment d’impuissance (30,9 %).

Les décès survenus pendant ou après une intervention génèrent quant à eux « majoritairement culpabilité (42,2 %) et colère (35,8 %) », souligne l’étude.

Le suicide du patient apparaît comme la situation la plus éprouvante, avec un score d’impact moyen de 7,2 sur 10 et près d’un médecin sur deux exprimant un sentiment de culpabilité.

À l’inverse, certaines situations de fin de vie anticipée peuvent susciter « du soulagement (33,8 %) ou un sentiment de travail accompli », des émotions souvent tues car perçues comme inappropriées dans la culture médicale.

https://www.whatsupdoc-lemag.fr/article/syndrome-de-la-seconde-victime-quand-les-erreurs-de-soins-impactent-les-soignant

Au-delà des ressentis ponctuels, l’étude met en évidence un impact significatif sur la santé mentale des praticiens.

Selon l’indicateur WHO-5, 21,7 % des médecins présentent une dépression probable, 7 % une dépression sévère et plus d’un interne sur deux atteint ce seuil critique.

De même, ce sont les internes qui apparaissent particulièrement vulnérables, avec 52,4 % présentant un score de dépression probable, contre seulement 4 % chez les médecins libéraux seniors.

« L’expérience semble jouer un rôle protecteur », note l’étude, mais au prix d’une exposition prolongée sans accompagnement structuré.

Un déficit de soutien institutionnel pointé

Certaines situations, comme le suicide d’un patient ou les décès péri-opératoires, cumulent forte charge émotionnelle et manque de dispositifs d’accompagnement.

Le niveau de soutien institutionnel est ainsi jugé particulièrement faible pour les décès liés à une intervention, avec une note de 2,78 sur 10.

Face à ce constat, les auteurs recommandent notamment d’intégrer la gestion de la mort dans la formation médicale, de systématiser les débriefings après certains décès et de renforcer l’accès au soutien psychologique.

https://www.whatsupdoc-lemag.fr/article/8-medecins-sur-10-sont-en-souffrance-face-la-mort

Pour les porteurs de l’étude, reconnaître ces impacts constitue une condition essentielle à la qualité des soins.

« La qualité du soin ne repose pas uniquement sur des compétences techniques, mais aussi sur la capacité des professionnels à faire face à des expériences émotionnellement intenses », soulignent-ils.

Pour rappel, une formation dédiée, le diplôme universitaire « Les soignants et la mort », existe déjà pour accompagner les professionnels dans cette démarche.

Aucun commentaire

Les gros dossiers

+ De gros dossiers