Crise de Foïs

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Critique de "En roue libre", de Didier Barcelo (sortie le 29 juin 2022)

 

Crise de Foïs

Louise est une infirmière sous pression, comme beaucoup. Un jour, c'est la goutte d'eau : attaque de panique dans sa voiture, dont elle n'ose dès lors plus sortir. Paul est un post-ado qui pour mener à bien une vengeance personnelle se retrouve à voler la voiture de Louise : de fait, Paul kidnappe Louise. Un film qui, malgré un scénario à l'image de son titre, est sauvé de justesse par le jeu et surtout l'alchimie entre ses deux acteurs, Marina Foïs et Benjamin Voisin.

Un prologue qui vulgarise parfaitement les circonstances d'apparition d'une attaque de panique - modèle de vulnérabilité au stress et principe de la casserole qui déborde, d'où la circonstance de survenue souvent totalement imprévisible - et une situation clinique qui sert de point de départ original à un genre ultra-balisé : le road-movie avec duo comique. La rencontre entre cette infirmière au-delà du burn out et ce jeune rebelle qui cache une douleur familiale fait d'emblée des étincelles. Et le réalisateur peut être reconnaissant en ses deux interprètes, dont le jeu, à la fois spontané et constamment intelligent, maintient une certaine envie de les suivre. Une envie qui parfois confine au courage...

Car avouons-le, la première demi-heure passée, le scénario est en telle "roue libre" que la sortie de route est inévitable. Et l'histoire continue de se dérouler péniblement à coups de grandes embardées dans l'invraisemblance, d'autant plus énervante qu'elle débouche souvent vers la banalité. A l'image du dénouement - que l'on taira mais qui illustre parfaitement cette impuissance à conduire le récit et à faire quelque chose de la situation de départ, son versant dramatique comme psychiatrique - mais aussi d'une séquence d'auto-stop assez malaisante. Nous attendions évidemment l'entrée en scène du psychiatre, joué par un Jean-Charles Clichet très convaincant, mais la séance de psychothérapie sauvage, peu inspirée, tourne un peu à vide. 

On pourra trouver curieuse cette volonté de rester constamment en surface des personnages, de leur contexte, de leur environnement, tant elle nuit à un duo pourtant si efficace. Dans Rabbi Jacob ou dans Little Miss Sunshine, les personnages emportaient dans leur voiture leur famille, la société... ou s'en faisaient poursuivre. Ici : rien, ou presque. Certains évoquent un hommage rendu à l'abnégation des soignants : il faut vraiment se forcer pour le voir. 

 

 

 

 

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