Coup de projecteur sur… le service sanitaire de Macron

Ces mesures santé qui nous intriguent (épisode 1)

S’il est élu, Emmanuel Macron souhaite instaurer un service sanitaire de trois mois pour les 40 000 étudiants de santé. De quoi piquer notre curiosité et faire l’objet de ce premier coup de projecteur sur les programmes santé. Alors nous avons criblé de questions Olivier Véran, jeune neurologue et surtout porte-parole santé d’En Marche.

 

What’s up Doc. D’où vient cette idée d’un service sanitaire pour les étudiants de santé ?

Olivier Véran. L’idée c’est de faire de la prévention une priorité dans la politique de santé. Pour l’heure, la prévention ne fait pas partie de nos objectifs de formation. C’est le truc qu’on va sacrifier systématiquement alors que c’est essentiel. Et la France fait partie des derniers budgets européens sur la prévention : environ 5 milliards sur 250 milliards (de budget santé, ndlr). Il faut changer notre fusil d’épaule.

WUD. Comment ça s’organiserait ?

OV. La déclinaison pratique va être concertée avec les syndicats, les collèges, les conférences. On peut considérer que c’est trois mois sur l’ensemble du parcours étudiant et décomposer en stages plus courts. On peut imaginer un externe en médecine qui consacre une semaine ou deux à la prévention pendant son semestre, ou peut-être partir sur des stages plus longs.

WUD. Et ça se déroulerait où ?

OV. D’abord à l’école, en soutien des infirmières scolaires. Beaucoup d’étudiant montent des actions de sensibilisation intéressantes, comme l’hôpital des nounours. On voit qu’il y a une appétence pour ce type de projet hors les murs de l’hôpital. Ce peut être aussi sur les lieux de travail. Il y a un accident de la main toutes les 20 secondes dans notre pays : c’est la première cause d’indemnités journalières en entreprise. Or on sait que la prévention sur les postes de travail permet de réduire de 30 à 40 % les accidents.

WUD. C’est difficile d’imaginer des étudiants de 22 ans venir sensibiliser des ouvriers sans rien connaître à leur métier, non ?

OV. Je ne suis pas d’accord. En région Rhône-Alpes, il y a un réseau Prévention Main qui s’est monté avec un kiné qui allait en entreprise. Il faisait de la sensibilisation auprès des ouvriers, avec une petite partie théorique sur les accidents de la main et des passages sur les postes de travail. Si vous recevez une formation ad hoc vous êtes tout à fait capable de faire des actions de prévention. Déjà, sensibiliser, ouvrir les chakras des gens qui ont la tête dans le guidon en faisant les 3 x 8, ça a un impact très fort.

WUD. D’autres types d'actions en projet ?

OV. On peut aussi envisager des actions de prévention en Ehpad et auprès des publics fragiles. En France on est à l’état embryonnaire. En Australie, les campagnes anti-tabac ont abouti à un taux de tabagisme chez les jeunes de 3,5 %, contre 20 % chez nous. Ils ont fait le paquet neutre, mais pas seulement : il y a eu des actions de mobilisation de la jeunesse, des concours dans les lycées... Ils se sont challengés et ça a marché d’enfer. Et quels meilleurs acteurs pour parler à des jeunes que d’autres jeunes ?

WUD. Vous prévoyez aussi des actions de prévention dans les déserts médicaux. 

OV. Le service sanitaire n’a pas pour objectif de régler le problème des déserts médicaux. Mais on entrevoit que dans certains cas les services de prévention puissent se faire dans les zones rurales ou les quartiers difficiles. Ouvrir ses chakras, c’est valable aussi pour les étudiants concernés : on ne peut pas vouloir exercer dans un endroit qu’on ne connait pas. Moi en douze ans de médecine, je n’ai jamais mis les pieds dans un cabinet. Ce n’est pas normal.

WUD. Emmanuel Macron a déclaré que cette mesure ne coûterait « pas un euro de plus ». Vous y croyez ?

OV. Les étudiants en médecine ont juste une indemnité de stage. Certes, la formation coûte un peu. Mais quel sera l’impact en matière de prévention ? Si vous investissez un euro dans la prévention aujourd’hui, vous en récupérez cinq demain. Dans une vision court-termiste, on peut considérer que ça coûte de l’argent, mais à quatre ou cinq ans ça va améliorer la santé des gens et engendrer des économies importantes.

WUD. Des retours de la part des étudiants et des universitaires ?

OV. On a plutôt eu des retours positifs sur le principe, avec parfois des inquiétudes sur la mise en œuvre. Sur le coût financier, le soutien aux étudiants, la formation. Je ne vais pas vous dire qu’il y a un engouement général mais on a piqué la curiosité des acteurs de santé. C’est positif.

WUD. Que répondez-vous aux carabins qui redoutent de se faire « exploiter » ?

OV. Vous rigolez, ça va être génial ! Le sentiment pour les jeunes d’être utile dans ce qu’ils font. Ils vont faire de l’action de santé. À l’externat il y a une bonne partie consacrée à autre chose que du soin. Là ça va être une forme de responsabilisation active, c’est beaucoup plus intéressant. Moi j’aurais adoré.

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Propos recueillis par Yvan Pandelé

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