Combattre les idées reçues sur le suicide

Être médecins ne nous préserve pas des idées reçues concernant le suicide. Tour d’horizon de ce qui contribue à inhiber notre parole.

 

​Idée reçue n° 1 : « En tant que soignant, on gère mieux ses souffrances et ses idées suicidaires »
Le corps soignant paie un lourd tribut concernant les décès par suicide. Et pas parce que « nous, on connaît les moyens de ne pas se rater ». La honte face aux collègues, la culpabilité par rapport à ce qui est attendu de nous, la pression constante résultant d’une somme de stresseurs desquels émerge la notion de responsabilité, et peut-être nos propres idées reçues sur la dépression et le suicide, sont tout autant de facteurs expliquant le nombre de passages à l’acte suicidaire.
Il n’est jamais évident de confier à quelqu’un nos souffrances, notre sentiment d’échec, notre perte d’espoir. Dès l’externat, nous avons été conditionnés pour gérer seuls, en l’absence de réel espace de parole institutionnalisé, ou tout du moins promu.

 

Idée reçue n° 2 : « Ceux qui se suicident sont ceux qui n’en ont pas parlé avant »
Certes, l’intensité de certaines formes de dépression ou burn out entraîne souvent un repli et une anesthésie affective qui rendent plus difficilement repérable l’intentionnalité suicidaire. Il existe aussi des passages à l’acte impulsifs, souvent liés à des conduites dangereuses ou des consommations de produits (alcool en première ligne), qui masquent aussi l’intentionnalité. Pour autant, les études sur le suicide montrent que la majorité des personnes décédées par suicide ont consulté un médecin dans la semaine ou le mois qui précédait leur geste ; on retrouve aussi des allusions à leurs idées suicidaires tenues à des proches. C’est un mythe de penser que la majorité des suicidés ne partagent rien de leur état.

 

Idée reçue n° 3 : « Rien ne peut arrêter quelqu’un qui est déterminé à mettre fin à ses jours »
Là encore, c’est faux. Beaucoup de témoignages de personnes ayant commis un geste dont la détermination ne faisait aucun doute, montrent que l’intentionnalité suicidaire est un phénomène labile qui cède souvent dès que la parole se réinstalle autour de la souffrance de la personne, que le poids du silence est levé. L’intentionnalité est la conséquence d’un vécu d’impasse, d’une souffrance morale insupportable, de l’extrême difficulté à communiquer de la personne suicidaire, ou de son entourage.

 

Idée reçue n° 4 : « Le suicide est un choix »
Au contraire, il résulte souvent d’une impasse, où la notion de choix n’est plus accessible intellectuellement par la personne. Le suicide constitue avant tout un non-choix, une absence de solution.

 

Idée reçue n° 5 : « En parler, c’est difficile, et parfois dangereux »
Difficile oui, dangereux non, sauf à en parler sans écouter... Nous avons tous tendance à fuir et éviter ce qui est désagréable, nos propres pensées et émotions comme celles des autres. L’écoute est pourtant un levier d’action simple et efficace. Aller vers la personne, lui laisser la possibilité de déposer sa souffrance, lui poser des questions précises et sans tabou, aident à dédramatiser l’enjeu, à donner sa juste place à la souffrance mais aussi aux possibilités d’aide, à rétablir l’altérité et se sentir reconnu dans sa subjectivité de personne souffrante. 
En résumé, aborder avec quelqu’un, collègue ou patient, le suicide n’est jamais dangereux et ne favorise aucunement le passage à l’acte !

 

Idée reçue n° 6 : « Avoir des pensées suicidaires est synonyme d’intentionnalité »
Avoir une pensée suicidaire est un phénomène courant, bien qu’à ne pas négliger. Il y a plusieurs stades entre la pensée automatique, presque préconsciente, l’idéation suicidaire, plus durable et souvent accompagnée de velléités, et le scénario suicidaire qui est un authentique signal d’alarme. Il faut toujours demander aux personnes exprimant des idées suicidaires si elles ont un projet en tête, voire une programmation de l’acte.

 

 

Portrait de Guillaume de la Chapelle
article du WUD 49

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