Canadair Dry

Ciné week-end : Les Hommes du Feu, de P. Jolivet (sortie le 5 juillet 2017)

La caserne de Bram (Aude) accueille son nouveau lieutenant, qui a pour particularité d'être une femme. Dans un milieu où la parité ne va pas de soi, avec la menace d'une possible fermeture administrative, cette arrivée va attiser les braises d'un feu qui couve depuis longtemps...Pierre Jolivet, à la hauteur de sa réputation de cinéaste social bourré de bonnes intentions, garde la flamme à défaut de mettre le feu...

Il faut bien l'avouer, on désespère un peu de voir nos cinéastes français les plus emblématiques peiner à ce point à se renouveler, tomber dans les travers d'une répétition pépouze...Après Klapisch et Ozon, place à leur aîné: Pierre Jolivet, qui a commis l'exploit de réaliser le film emblématique de la transition entre nos deux siècles (Ma Petite Entreprise).

A l'heure des séries au rythme ultra rapide ou des portraits de groupe au vitriol (on pense à Polisse, de Maïwenn), son dernier film n'est pas assez nerveux et, fait suffisamment rare pour être souligné, pas assez long pour réussir à appréhender la complexité du microcosme qu'il décrit, tant au niveau des enjeux relationnels que des défis sociétaux.

Alors, entre la pyromanie, les restrictions budgétaires, le sexisme, le poids moral de la responsabilité, l'embrasement des banlieues, la souffrance des proches, les violences conjugales, le manque de reconnaissance, on en passe et des meilleures...on frôle l'overdose! Les thèmes ne sont pas assez fouillés pour que le film acquière la force d'un bon documentaire. Les personnages, sympathiques, donnent corps au récit mais souffrent des facilités scénaristiques dont ils sont, à leur psyché défendante, le support...

Avec ses Hommes du Feu, Jolivet frôle le style pompier. Sa sincérité, intacte, sauve heureusement le film de la noyade. On l'eût aimé plus incandescent, ou plus difficile à circonscrire. En restant systématiquement un ton en dessous, à la surface des thèmes qu'il explore (la banlieue enflammée par une "petite" révolte, le bad guy sauvé de la saloperie intégrale par un retournement de situation un peu forcé, le pyromane au petit pied...), Jolivet a le tort d'éteindre systématiquement, à coups de bonnes intentions larguées au Canadair, les foyers qu'il allume. Et c'est bien dommage...

Source: 

Guillaume de la Chapelle

Portrait de Guillaume de la Chapelle

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