Accident médical : faire face au sentiment de culpabilité

« Errare humanum est » versus « Primum non nocere »

S’il y a un acteur du système de santé qui sait à quoi s’en tenir en matière d’accident médical, c’est bien l’assureur. What’s up Doc a demandé à Nicolas Gombault, directeur général du Sou Médical (Groupe MACSF), de lui faire part de son expérience.

 

What’s up Doc. La responsabilité de vos sociétaires est-elle souvent mise en cause à la suite d’un accident médical ?

Nicolas Gombault. C’est très hétérogène en fonction des spécialités. Que cela soit dans le cadre d’une procédure amiable ou judiciaire, la responsabilité d’un généraliste est en moyenne mise en cause une fois dans sa carrière. En revanche, pour un chirurgien, cela arrive en moyenne une fois tous les deux ans. Mais attention, dire que la responsabilité est mise en cause ne veut pas dire qu’elle sera retenue.

WUD. Et justement, quelle est la proportion des dossiers pour lesquels la responsabilité est retenue ?

NG. Dans le cadre des procédures judiciaires, selon les années, entre 60 et 68 % des décisions retiennent la responsabilité de nos médecins.

WUD. Comment les médecins que vous assurez réagissent-ils lorsqu’ils sont mis en cause ?

NG. Tout d’abord, il faut rappeler qu’il y a deux types d’accidents médicaux : les accidents fautifs et les accidents non fautifs. Dans le premier cas, le sentiment de culpabilité peut être très lourd. Mais dans le second, il ne devrait pas avoir sa place : le médecin devrait avoir de la compassion, de l’empathie, mais il ne devrait pas culpabiliser.

WUD. Vous dites qu’il ne devrait pas… Cela veut dire que dans la réalité, il culpabilise ?

NG. Effectivement. Que l’accident soit fautif ou non, nous constatons que le sentiment de culpabilité peut avoir des conséquences dramatiques pour le médecin. Certains ont arrêté de pratiquer des actes à risque, abandonné leur profession, fait des dépressions extrêmement sévères… Cela a pu aller jusqu’au suicide.

WUD. Les médecins sont-ils préparés à cela ?

NG. Non. Les médecins ne vivent pas dans la culture du « errare humanum est », mais dans celle du « primum non nocere. »

WUD. Un assureur peut-il aider un médecin sur le plan psychologique ?

NG. Nous avons une hotline ouverte 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Nos sociétaires peuvent joindre l’un de nos médecins experts à tout moment pour avoir des conseils. Nous avons également mis en place un service pour ceux qui ont besoin d’un soutien psychologique. Nos sociétaires peuvent être pris en charge au téléphone par des psychologues cliniciens, et s’il le faut cela peut déboucher sur des entretiens en face-à-face.

WUD. Quelle est la fréquence de recours à ce service ?

NG. C’est un service que nous avons lancé l’an dernier. Pour l’instant, nos sociétaires l’utilisent peu. Je pense que c’est notamment parce que tous nos dossiers sont gérés par un tandem juriste/médecin conseil. Ces deux personnes assurent tout le suivi de la procédure, et ont déjà un rôle psychologique important vis-à-vis de nos sociétaires.

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Propos recueillis par Adrien Renaud

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