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« La situation de l’accès aux soins en 2024 indique que nous sommes à un tournant », alerte Arnaud Robinet (par ailleurs arrivé en tête au premier tour des municipales à Reims), président de la FHF.
Une dette de santé publique encore massive malgré un début de rattrapage
Le principal signal positif concerne la reprise de l’activité hospitalière. Le sous-recours cumulé, hérité de la crise Covid, diminue mais reste élevé : 3 millions de séjours non réalisés à fin 2024, contre 3,5 millions en 2023.
En 2024, un rattrapage est observé avec 516 000 séjours supplémentaires par rapport aux attendus, notamment en chirurgie et actes peu invasifs.
Mais cette amélioration globale masque des retards persistants dans certaines spécialités clés :
- cardiologie : –10 %
- système nerveux : –9 %
- digestif : –8 %
- rhumatologie : –8 %
Ces quatre secteurs représentent à eux seuls un tiers de l’activité de médecine, avec environ 180 000 séjours non réalisés.
Les patients âgés particulièrement pénalisés
Le baromètre met en évidence un angle mort préoccupant : les patients les plus âgés.
Chez les plus de 70 ans, le sous-recours atteint –7,3 %, soit 220 000 séjours manquants.
Chez les plus de 85 ans, la situation reste également dégradée (–6 %).
Autrement dit, la reprise d’activité ne bénéficie pas à tous, et les populations les plus vulnérables restent en retrait du système de soins.
Chirurgie : un rattrapage en trompe-l’œil
Si l’activité chirurgicale globale dépasse désormais son niveau de 2019, la réalité est plus contrastée.
- 700 000 séjours chirurgicaux n’ont pas été réalisés depuis 2020
- chirurgie lourde : –5 %
- chirurgie digestive : –7 %
- neurochirurgie : –5,5 %
Le rattrapage concerne surtout les actes les plus simples ou programmables, laissant persister un déficit sur les prises en charge complexes.
68 % des Français ont renoncé à des soins
Le signal le plus fort du baromètre reste sociétal.
Plus de deux tiers des Français (68 %) déclarent avoir renoncé à au moins un soin au cours des cinq dernières années, un chiffre en hausse par rapport à 2024 (63 %).
Les causes principales :
- délais d’attente : 59 %
- raisons financières : 45 %
- éloignement géographique : 38 %
Et même lorsque les patients accèdent à l’hôpital :
- 54 % rencontrent des difficultés d’accès
- 41 % n’obtiennent pas de rendez-vous
- un tiers subit des retards diagnostiques ou des reports de soins
Aux urgences, les dysfonctionnements sont massifs :
- 39 % évoquent des temps d’attente excessifs
- 36 % des examens non réalisés
Un système hospitalier sous tension chronique
Du côté des établissements, les tensions restent structurelles.
En 2024 :
- 5,7 % des lits ont été fermés en moyenne (contre 7 % en 2023)
- 37 % des hôpitaux se déclarent « en tension »
- 20 % ont dû fermer au moins une fois leur service d’urgences
La crise des ressources humaines reste centrale, impliquée dans plus de la moitié des fermetures de lits.
Sur le plan financier, la situation continue de se dégrader :
- déficit attendu : 2,8 milliards d’euros en 2024
- inflation sous-financée : 1,3 milliard d’euros en 2024
Une défiance massive… et des attentes très fortes
Le baromètre révèle une inquiétude profonde de la population :
- 92 % des Français estiment que l’hôpital est en danger
- 75 % craignent de ne pas accéder à des soins de qualité en urgence
- deux Français sur trois ont peur d’être hospitalisés
Face à cette situation, les attentes sont claires :
- 95 % demandent plus de moyens pour l’hôpital
- 94 % souhaitent former davantage de médecins dans les spécialités en tension
- 86 % sont favorables à une régulation territoriale de l’installation
- 74 % veulent plus de transparence sur les actes pratiqués
Fait notable, 6 Français sur 10 se disent prêts à accepter une concentration de certaines activités (maternité, chirurgie) dans des centres plus spécialisés.
Une reprise fragile, sous contrainte budgétaire
Pour la FHF, l’enjeu est désormais clair : consolider une reprise encore instable.
« Cette amorce de rémission n’efface pas la dégradation continue de l’accès aux soins des dernières années », insiste Arnaud Robinet.
Derrière les signaux de reprise, le système hospitalier reste confronté à une équation difficile : rattraper la dette de soins tout en absorbant des contraintes financières croissantes, sans garantie de moyens à la hauteur des besoins.
Le risque, selon la FHF, est explicite : un retour en arrière, voire une dégradation plus forte qu’avant la crise sanitaire.
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