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Une opération sans complication, un post-opératoire fatal
Le 10 janvier 2018, Marceline Catelain, 21 ans, est opérée d'un bypass gastrique à la clinique des Ormeaux du Havre, dans le cadre d'une prise en charge de l'obésité. L'intervention se déroule sans difficulté particulière, malgré des facteurs de risque identifiés : obésité, tabagisme, asthme. Trois jours plus tard, le 13 janvier, la jeune femme décède d'une péritonite consécutive à un désagrafage de suture de 2 mm.
Le Dr Peter Van de Walle, chirurgien de 60 ans, et le Dr Rufin Kaloulou, anesthésiste-réanimateur de 59 ans, comparaissent pour homicide involontaire. Tous deux nient les faits ; leurs avocats respectifs ont plaidé la relaxe. Ils avaient dans un premier temps bénéficié d'un non-lieu avant d'être renvoyés devant le tribunal correctionnel.
Des symptômes interprétés comme une crise d'angoisse
Au cœur des débats : l'interprétation des signes cliniques apparus dès le 10 janvier. Tachycardie, hypertension, douleurs abdominales, difficultés respiratoires, autant de manifestations que le Dr Kaloulou a attribuées, selon Paris Normandie, à une « crise d'angoisse », écartant l'hypothèse d'une péritonite.
Cette lecture est formellement contredite par les experts mandatés, qui rappellent que ces symptômes sont caractéristiques d'une péritonite et constituent la première complication attendue de ce type de chirurgie bariatrique. Les rapports d'expertise convergent : « Dès le 10 janvier, des examens auraient dû être faits », rappelle le quotidien normand.
La communication entre praticiens, nœud du procès
La qualité de la coordination entre le chirurgien et l'anesthésiste a été longuement questionnée par le président du tribunal. Le Dr Van de Walle a affirmé ne pas avoir été informé de l'état de sa patiente le 12 janvier, la veille de son décès. Pourtant, selon Paris Normandie, l'infirmière était au courant dès le matin : la patiente « avait une tachycardie depuis son opération, des douleurs à 10/10 et la matinée avait été difficile », a relevé Me Anne Tugaut, avocate de la famille.
Le chirurgien a déclaré s'être fié aux dires de Marceline Catelain, qui lui aurait affirmé ne pas souffrir, ajoutant qu'elle était peut-être « intimidée » parce qu'il avait « déjà opéré des membres de sa famille ». Cette absence de croisement des informations cliniques entre les deux praticiens a été au centre du réquisitoire.
Faute caractérisée : ce que dit le ministère public
La procureure a distingué clairement l'acte opératoire, sans reproche, du suivi post-opératoire, en cause. « Il y a une causalité indirecte car il n'y a pas de faute commise lors de l'opération. La problématique est sur le post-opératoire », a-t-elle résumé.
À l'encontre du chirurgien, elle a qualifié le défaut de suivi de « faute caractérisée », tout en soulignant la nécessité d'établir le lien certain entre cette faute et le décès. Le ministère public a requis 18 mois de prison avec sursis à l'encontre des deux prévenus.
La défense plaide la relaxe et renvoie vers le civil
Les avocats des deux médecins ont chacun plaidé la relaxe. Me Pascal Huchet, défenseur du chirurgien, a fait valoir que « la perte de chance n'est pas punissable sur le plan pénal », renvoyant la question vers d'éventuels « dommages-intérêts ». Me Arnaud de Saint-Rémy, défenseur de l'anesthésiste, a estimé qu'il n'y avait « pas de faute qualifiée pénalement » ni de « manquement délibéré », tout en reconnaissant qu'une responsabilité civile pouvait être envisagée.
Le Dr Kaloulou, toujours en exercice à la clinique des Ormeaux, a exprimé « beaucoup de regret et surtout de l'humilité ». Le Dr Van de Walle, qui a cessé la chirurgie bariatrique il y a six ans et exerce désormais dans un établissement public, s'est dit « sincèrement désolé ».
La famille attend une reconnaissance
Pour les proches de Marceline Catelain, son père, sa belle-mère et ses trois frères, présents à l'audience, les mots des médecins restent insuffisants. « Pour nous, ils ont tué notre sœur et on aimerait qu'ils le reconnaissent », a déclaré Anthime, l'un des frères à Actu.fr.
Les parties civiles réclament des dommages et intérêts allant de 5 000 à 30 000 euros selon les demandeurs.
Le tribunal rendra sa décision le 21 mai 2026.
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