Une ministre médecin, c’est bon pour les médecins

Depuis quelques mois, c’est un médecin qui occupe le ministère de la santé. Certains dans la profession espèrent que cela favorisera leurs intérêts. C’est peut-être aller un peu vite en besogne.

Un tonnerre d’applaudissements. Tel est l’accueil que les représentants des médecins ont réservé au Pr Agnès Buzyn lorsqu’elle a été nommée ministre de la Santé en mai dernier. Des syndicats de libéraux aux représentants des PH en passant par l’Ordre et les sociétés savantes, c’est un véritable concert de vivats médicaux qui s’est élevé vers l’impétrante. Avec, à peine voilé, l’espoir que la nouvelle locataire de l’avenue Duquesne protégerait la profession et rehausserait son statut. En toute confraternité. Alors, en quoi est-ce mieux d’avoir un médecin au ministère ?

« C’est un avantage incontestable », estime le Dr Rachel Bocher, présidente de l’Intersyndicat national des praticiens hospitaliers (INPH). « Quand on connaît les problèmes de l’intérieur, on sait ce qui a été fait ou dit par le passé ». L’expérience de la nouvelle ministre jouerait donc en faveur des médecins. Autre avantage : entre médecins, on parle le même langage. « Le fait qu’elle soit médecin facilite les échanges et la compréhension », estime le Dr Jean-Paul Ortiz, président de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF).

La génétique du ministre et la génétique du programme

Mais une fois qu’on a dit cela, on n’a pas dit grand-chose. Tout dépend du contenu des politiques. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder l’histoire récente : les médecins-ministres n’ont pas tous laissé un souvenir impérissable à leurs confrères. La réforme du médecin traitant du Dr Philippe Douste-Blazy, par exemple, continue à faire grincer des dents. Et certains ne pardonneront jamais au Dr Bernard Kouchner d’avoir donné aux patients le droit d’accéder à leur dossier médical.

Jean-Paul Ortiz reconnaît d’ailleurs volontiers que l’habit ne fait pas le moine. « Il y a eu de bons ministres médecins, et il y en a eu d’autres qui ont eu un passage transparent », assure-t-il en refusant de donner des noms. « Et il y a d’ailleurs aussi eu d’excellents ministres de la Santé qui n’étaient pas médecins ! » Du côté du syndicat rival MG France, le ton est le même. « Ce qui importe, ce n’est pas la génétique du ministre, c’est la génétique de son programme », affirme le Dr Claude Leicher, patron du principal syndicat des généralistes.

Il faudrait d’ailleurs s’entendre sur ce qu’est réellement un ministre de la Santé favorable aux médecins. Car la profession a depuis belle lurette perdu son unité : ce qui est bon pour les généralistes ne l’est pas forcément pour les autres spécialistes, ce que souhaitent les hospitaliers peut être bien différent de ce que veulent les libéraux.

Chacun voit midi à sa porte

Les syndicalistes l’ont d’ailleurs compris. « Et en plus, c’est une hospitalière ! », s’enthousiasme Rachel Bocher, espérant trouver chez sa consoeur de l’avenue Duquesne une oreille compatissante. Claude Leicher regrette de son côté que ses confrères ministres aient par le passé toujours été « des spécialistes » ou « des gens comme Bernard Kouchner qui ont un engagement respectable, mais pour qui la crise des soins primaires n’est pas la priorité ».

Le plus acerbe est sans doute Jean-Paul Ortiz. « Le fait qu’Agnès Buzyn soit un médecin très hospitalo-universitaire, dans sa spécialité comme dans son mode d’exercice, m’amène à m’interroger sur sa connaissance de la médecine libérale et de la crise que connaît actuellement cette dernière », assène le président de la CSMF. « Ce n’est pas parce qu’elle est PU-PH qu’elle va résoudre tous les problèmes d’un coup de baguette magique. »

Les médecins ne doivent donc pas en attendre la lune… D’ailleurs, leurs interrogations (leur consoeur saura-t-elle favoriser leurs intérêts au gouvernement ?…) sont un vrai luxe. Infirmiers, kinés, dentistes ou aides-soignants n’ont pas ce genre de débat : ils attendent toujours que l’un des leurs devienne ministre !

Portrait de Adrien Renaud
article du WUD 33

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