Soins non programmés : des fast-foods médicaux à l'AP-HP ?

L'AP-HP a lancé un appel d'offres pour proposer à des médecins libéraux et à des structures de soins de 1er recours d’assurer des consultations de médecine générale non programmées dans l’enceinte des hôpitaux. L’Union syndicale des médecins de centres de santé, (USMCS) dénonce « une sorte de fast-food médical servant à volonté et à toute heure des consultations médicales sans régulation et sans contrôle ».

L'AP-HP vient de lancer un appel d'offres en vue d'ouvrir des "corners" dédiés aux soins non programmés dans quatre hôpitaux dans les prochains mois : Lariboisière, Tenon, Antoine-Béclère et Bicêtre, se fait l’écho l’Union syndicale des médecins de centres de santé (USMCS), dans un communiqué daté du 18 novembre. « Des opérateurs privés annoncent publiquement qu'ils vont "aller chercher les patients directement aux urgences" », ajoute le syndicat.
 
C’est en effet pour répondre à une activité croissante dans les services d’urgences que cet appel à candidatures « propose à des médecins libéraux et à des structures de soins de 1er recours (maisons de santé, centres de santé notamment) d’assurer des consultations de médecine générale non programmées dans l’enceinte des hôpitaux (avis d’appel à candidatures disponibles ici) », expliquait l’AP-HP dans un communiqué daté du 18 octobre.
 
Ces consultations seront proposées « aux patients qui se présentent aux urgences et qui ne nécessitent pas une prise en charge médicale urgente mais relèvent de soins de 1er recours », ajoutait l’AP-HP qui précisait que ce projet s’inscrivait dans une stratégie pour « renforcer ses relations avec tous les acteurs de santé de ville pour une meilleure prise en charge des patients ».

Leçons non tirées

Or, selon l’USMCS, ce nouveau projet n’est pas sans rappeler l’époque où l'AP-HP s'apprêtait à fermer les Urgences de l'Hôtel-Dieu. Elle avait en effet imaginé de créer, à la place des urgences, « une sorte de fast-food médical servant à volonté et à toute heure des consultations médicales sans régulation et sans contrôle. Et tout ça avec l'argent de la sécu, merci le paiement à l'acte ! », ironise le syndicat.
 
Le projet avait été abandonné, ce qui pouvait donner à penser que les leçons avaient été tirées. L’USMCS pensait que l'AP-HP et les hôpitaux publics s’étaient engagés « dans des partenariats avec la médecine de ville et les centres de santé, décidée à améliorer les soins aux patients et la fluidité des parcours ». Pour mieux prendre en charge en ville, et ainsi soulager les hôpitaux.
 
Mais voilà que cet appel d’offres fait renaître les inquiétudes du syndicat qui s’oppose haut et fort « aux marchands d'illusions », à « une médecine productiviste d'un autre âge », au « gaspillage de l'argent de la sécurité sociale ».
 
L’USMCS propose en effet un modèle différent. Pour celui-ci, il faudrait « organiser la réponse aux demandes de soins non programmés au niveau des territoires avec tous les acteurs ». Mais aussi « intensifier les coopérations entre équipes hospitalières, équipes de centres de santé, médecins de ville et CPTS ». Telles seront les mesures qui permettraient de « sauver l'hôpital public », selon le syndicat.

 

Portrait de Julien Moschetti

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