Santé et soin : le divorce est-il consommé ?

L’Espace éthique s’interroge

Dans le cadre du séminaire mensuel « Anticiper le futur de la santé », organisé à l’hôpital Saint-Louis, l’Espace éthique Île-de-France s’est interrogé lundi soir sur l’éventualité d’un système de santé sans soin. What’s up Doc y était.

A priori, qui dit santé dit soin. Pourtant, cela n’a pas toujours été le cas. Si le soin était au cœur de la médecine hippocratique, il sera mis de côté dans la médecine expérimentale de Claude Bernard. Aujourd’hui, par le biais des théories centrées sur la personne, le soin fait partie intégrante du système de santé. Mais pour combien de temps ? Les chercheurs de l’Espace éthique Île-de-France ont imaginé lundi soir, à l'occasion de leur séminaire sur le futur de la santé, un système de santé sans soin.

« Il n’y a pas de scission entre la santé et le soin, mais une tension croissante et des tendances contradictoires », remarque Frédéric Pierru, sociologue spécialisé en santé publique. « D’un côté l’action publique s’oriente vers une automatisation du soin, où la dimension humaine est expulsée », estime-t-il. « De l’autre, la gestion recentre les pratiques du système de santé sur la prévention, où la maladie devient un échec. »

La santé, une question sociale

Et le sociologue de pointer les limites d’une conception étroite de la santé telle qu’elle prévaut aujourd’hui. « Les déterminants de l’amélioration de l’état de santé de la population ne sont pas strictement médicaux », considère Frédéric Pierru, qui rappelle que près de 185 milliards d’euros sont investis en soins chaque année en France. Avec des résultats mitigés. « Les inégalités sociales face à la maladie et la mort demeurent parmi les plus importantes d’Europe. »

Pour Frédéric Pierru, l’importance des facteurs environnementaux dans les maladies chroniques montre bien les limites de l’équation « santé = médecine », qui a pourtant fondé le système de santé français. Son message est clair : « c’est en modifiant la société que l’on améliore l’état de santé ».

Haro sur la gestionnite

Le sociologue souhaite aussi mettre en garde contre les dérives de la biomédecine.« Toute la dimension affective et sociale du soin risque d’être balayée  », craint-il. Certains monstres seraient tapis dans l’ombre comme le transhumanisme ou la santé connectée à outrance. « Il faut remettre des limites éthiques à la biomédecine. »

Et les médecins dans tout ça ? « Certaines spécialités se mobilisent davantage contre les réformes gestionnaires », note Frédéric Pierru. Ainsi, plus une spécialité accorde de la place au patient dans la division du travail soignant, plus elle sera réfractaire à ces réformes. « La gestion a plus d’atomes crochus avec la biomédecine qu’avec les spécialités qui prennent en charge les maladies chroniques », constate-t

Source: 

Im`ene Hamchiche

Portrait de La rédaction

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