SamuGate : deux autres centres départementaux poursuivis

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Les esprits s’échauffent

SamuGate : deux autres centres départementaux poursuivis

Depuis la médiatisation de l’affaire Naomi Musenga, la tension monte : deux autres plaintes ont été déposées contre les Samu de la Loire et du Lot. Des personnels sont pris à partie sur les réseaux sociaux, malgré l’appel au calme d’Agnès Buzyn.

« Les équipes qui vont intervenir sur le terrain risquent aussi de se faire caillasser », a-t-elle confié à M6. L’opératrice du Samu de Strasbourg, à l’origine de la polémique dans le défaut de prise en charge de Naomi Musenga, paie, avec ses collègues, la mise en ligne de sa conversation peu reluisante lors de l’appel de détresse de la jeune femme. Les témoignages d’opérateurs victimes de menaces se multiplient.

Du côté judiciaire, les choses bougent également. En plus de celle de la famille Musenga, ce sont deux plaintes qui ont été déposées contre le Samu de la Loire, après le décès d’une femme jeune dont l’état de santé avait été sous-estimé, et du Lot, pour les mêmes raisons. Le grand public grogne, les urgentistes dénoncent le manque de moyens, et Agnès Buzyn tente de calmer le jeu. Le sujet Samu ne semble pas près de s’essouffler.

Défaut de prise en charge…

Dans la Loire, à Saint-Étienne, une femme de 38 ans est décédée à la fin du mois de février. Enceinte de six mois, elle se plaint de tachycardie. Son compagnon appelle le Samu, craignant un évènement grave. Comme pour Naomi Musenga, le régulateur – un médecin cette fois-ci – renvoie le couple vers SOS Médecins. À son arrivée sur place, le médecin trouve la jeune femme en arrêt cardiaque, et malgré son transport en urgence au CHU de Saint-Étienne, elle décède après neuf jours de coma. Son bébé n’a pas pu être sauvé.

« Je pense que les parallèles avec l’affaire Naomi sont un peu hâtifs, et je suis gentil quand je dis hâtifs », a déclaré à France Bleu le Dr François Giraud, le responsable du Samu local. Malgré plusieurs rencontres entre la direction de l’hôpital et la famille, celle-ci a décidé de porter plainte, a signalé leur avocat.

La deuxième plainte concerne un évènement indésirable grave survenu à Cahors (Lot). Un homme de 70 ans souffrant d’une gêne respiratoire appelle le Samu en début de soirée. La régulation lui donne des conseils de soins. Deuxième appel une heure plus tard après une aggravation des symptômes. Le Samu contacte alors un médecin de garde qui appelle une ambulance à son arrivée. Mais l’état du patient se dégrade, et son décès est déclaré à l’hôpital.

… ou un système pris à défaut ?

Combinée aux décès aux urgences de cet hiver, l’affaire Naomi Musenga a déclenché une vague de reproches contre le Samu dans l’opinion publique. Les opérateurs se défendent, et en premier lieu celle qui avait sèchement renvoyé Naomi Musenga vers SOS Médecins. « Ça suffit de porter toujours le chapeau pour le système », a-t-elle contre-attaqué dans 66 Minutes. « On est sous pression en permanence. On travaille douze heures d’affilée. Ce sont des conditions de travail qui sont pénibles. Je peux rester deux ou trois heures accrochée à mon téléphone, parce que je n’ai pas le temps de me lever tellement ça déborde de partout. Quand on passe en procédure dégradée parce qu’il y a beaucoup plus d’appels que de monde censé les gérer, on n’y arrive pas. On raccroche et on décroche ! »

Dans une interview publiée dans Le Parisien le 8 mai, Patrick Pelloux, président de l’Association des médecins urgentistes de France (Amuf), soutient les personnels des Samu, qui sont « épuisés, stressés, en burn-out, qui deviennent détachés de la souffrance du patient ». Il demande une réorganisation du système de secours en France. Dans un communiqué commun avec les présidents du Samu et de l’Ordre des médecins, il a appelé « à des décisions politiques courageuses, afin de redonner au système de santé la capacité de répondre aux besoins de tous les Français ».

Les opérateurs sous pression

En déplacement à l’Hôpital Henri-Mondor (AP-HP, Val-de-Marne) ce vendredi, la ministre de la Santé a tenu à « rassurer les personnels sur la confiance que les Français ont en leur Samu. Les évènements récents montrent qu’il y a une marge d’amélioration dans leur pratique », a-t-elle ajouté.

Car entre la tâche difficile des agents de régulation qui peut mener à des erreurs, les dysfonctionnements structurels graves, ou encore des soupçons de discrimination raciale dans l’affaire Naomi Musenga, le dérapage n’est pas loin. Une employée du Samu du Bas-Rhin aurait renoncé à rentrer chez elle par crainte de représailles d'individus qui l’attendaient à son domicile, d’après la CGT. Trois autres auraient été directement menacés par téléphone, sur leur ligne privée, après que des internautes les ont reliés – sans fondement – à l’affaire Naomi Musenga. En tout, six plaintes ont été déposées par des agents dans ce département à la date du 14 mai.

Source:

Jonathan Herchkovitch

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