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Dimanche, deux décrets modifiant l'AME ont été publiés au Journal officiel. Le premier indique qu'il faudra désormais obligatoirement fournir des documents d'identité officiels munis d'une « photo d'identité ».
Or, jusqu'ici, faute de documents d'identité, il était possible de fournir « tout autre document de nature à attester l'identité du demandeur et celle des personnes à sa charge ».
« Plus d'un tiers des personnes que nous accueillons dans nos centres n'ont pas de pièce d'identité avec photo pour cause de papiers perdus, volés, confisqués ou impossibles à renouveler », alerte Matthias Thibeaud, représentant de Médecins du Monde.
Un non-recours appelé à s’aggraver
« Ce décret aggrave un non-recours déjà massif à l'AME, retardant ou empêchant les soins, dégradant l’état de santé des personnes concernées, avec un impact direct sur la santé publique. Sans parler du coût réel du non-recours : exclure aujourd’hui, c’est hospitaliser plus cher demain », prévient l'association dans un communiqué.
Selon le Premier ministre Sébastien Lecornu, cette mesure vise à « renforcer la lutte contre la fraude », « avec des perspectives d'économies de 180 millions d'euros », a-t-il prédit dans un entretien à la presse quotidienne régionale samedi.
Selon Médecins du Monde, ces réformes s’inscrivent dans une « offensive » plus globale et « sans précédent contre l’accès aux soins », pointant notamment les tentatives du gouvernement d'augmentation des franchises médicales et de remise en cause du régime des affections de longue durée (ALD).
« Françaises ou étrangères, avec ou sans papiers, les personnes déjà fragilisées par la crise du système de santé se retrouvent aujourd’hui en première ligne de ces attaques – et trop souvent désignées comme boucs émissaires », déplore Médecins du Monde.
« Cette stigmatisation détourne le regard des véritables causes : la dégradation des services publics, le manque de moyens et la complexité croissante de l’accès aux droits. En opposant les un(e)s aux autres, on affaiblit ce qui fait la force de notre modèle social : la solidarité et l’universalité des soins », alerte encore Jean-François Corty, président de Médecins du Monde, cité dans le communiqué.
Le deuxième décret prévoit lui de « moderniser les systèmes informatiques de l'État » afin que tous les fonctionnaires, notamment dans les consulats, en charge du dossier puissent y avoir accès.
Avec AFP