Tout médecin connaît l’adage : « publish or perish ». Celui dont le nom n’apparaît pas dans les revues à comité de lecture ne peut rien espérer de bon en ce bas-monde. Mais à l’heure des chaînes YouTube, le vieil article solide et bien construit (mais souvent bien austère) n’est plus le seul moyen d’accéder au « Graal » de la publication. On peut aussi promouvoir sa carrière académique… en se prenant pour Woody Allen.
Exemple avec le Pr. Didier Pittet, épidémiologiste et directeur du programme de contrôle des infections aux Hôpitaux Universitaires de Genève. Avec ses collègues, celui-ci a en 2011 publié dans le très prestigieux « New England Journal of Medicine » une vidéo sur son sujet de prédilection : l’hygiène des mains.
« Cela représente deux ans et demi de travail », racontait jeudi dernier le Pr. Pittet lors de la conférence « Doctor 2.0 and you », organisée à la Cité Universitaire de Paris. Car il ne faut pas croire qu’un journal comme le « New England Journal of Medicine » change ses critères d’exigence en fonction du support des informations qu’il relaie. Pour la vidéo comme pour un article traditionnel, les publications sont soumises à un processus drastique d’évaluation par les pairs.
En l’occurrence, ce processus a été double. « Nous avons dû passer à travers le filtre des experts de notre discipline, mais aussi à travers celui des experts de la vidéo », se souvient le Pr. Pittet. Et s’ils ont des observations ? « Il faut monter le film à nouveau, voir le tourner à nouveau ».
La vidéo en question a eu un succès immense. Contrairement aux autres films qu’il publie, le New England Journal of Medicine » a accepté de laisser les internautes y accéder gratuitement, et les auteurs ont eu l’autorisation de la faire traduire en 12 langues. Résultat : plus de 250 000 vues.
Pour le Pr. Pittet, le bilan est largement positif. « Ca nous a coûté, mais maintenant, ça ne nous coûte plus rien. Et le message de la vidéo, universel et valable pour de nombreuses années, continue de se diffuser ». Alors, à quand un prix Nobel de médecine en compétition officielle au festival de Cannes ?
Source:
Adrien Renaud
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