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Le 5 février, la députée Stéphanie Rist a officiellement lancé des travaux consacrés à la santé périnatale et maternelle. Quelques semaines plus tôt, le 9 décembre 2025, la ministre déléguée Charlotte Parmentier-Lecoq annonçait à l’Assemblée nationale un « plan d’action complet pour les maternités ». À l’époque, plusieurs sociétés savantes, dont le CNGOF, s’étaient étonnées de ne pas avoir été consultées.
Lorsque l’invitation à participer au lancement des travaux est finalement arrivée fin janvier, le Collège pensait que « les consultations commençaient enfin ». Mais la réunion du 5 février a laissé place à la désillusion.
Concertation en trompe-l’œil
Le CNGOF relate avoir découvert, lors de cette première réunion, « une cinquantaine de représentants d’organisations de tous types et d’importance inégale », sans programme détaillé ni liste officielle des participants.
Stéphanie Rist aurait assuré que les travaux seraient menés dans un esprit « d’écoute, de dialogue et sans dogmatisme », promettant un « vaste travail de consultation ». Dans les faits, selon le Collège, cette concertation se limiterait à un questionnaire, qui n’aurait d’ailleurs toujours pas été transmis aux participants malgré des délais contraints.
Autre point de crispation : la composition du comité de pilotage. Trois professionnels ont été désignés – un gynécologue-obstétricien, une pédiatre néonatologue et une sage-femme. Si le CNGOF souligne que « leurs compétences ne font aucun doute », il s’interroge sur l’absence d’un anesthésiste-réanimateur, pourtant central dans la permanence et la sécurité des soins en maternité. « L’oubli est incompréhensible », estime le Collège.
Le calendrier interroge également : les copilotes doivent établir un diagnostic et proposer un plan d’action d’ici juin, soit en quelques mois. Un délai jugé « extrêmement restreint » au regard de la complexité organisationnelle, médicale et territoriale de l’offre de soins périnatals. Le CNGOF note que, lancé le même jour, le plan gouvernemental sur la fertilité a, lui, été élaboré « sur plusieurs années » en lien étroit avec les professionnels.
Selon le Collège, la réunion du 5 février constituerait en outre « le seul et unique rendez-vous prévu », ce qui relativise, à ses yeux, l’ambition affichée de dialogue.
Des rapports déjà sur la table
Le CNGOF rappelle qu’il plaide, avec d’autres sociétés savantes, pour une réforme structurelle depuis plusieurs années. Il affirme avoir produit des diagnostics et formulé des propositions ayant fait l’objet d’un large consensus scientifique.
Le Collège souligne également avoir été auditionné par la Cour des comptes et par le Sénat, dont les rapports publiés en 2024 sur l’offre de soins en périnatalité reprennent « largement » les constats et recommandations des experts du secteur.
Dans ce contexte, être invité à remplir un questionnaire est vécu comme une mise à distance des travaux déjà réalisés. « La complexité des enjeux requiert un travail technique exigeant, structuré et inscrit dans la durée », insiste le CNGOF, qui critique une méthode consistant à « imposer un format sans concertation préalable » et à fixer un calendrier serré sans objectifs clairement définis.
Par courrier électronique et postal adressé le 17 février à Stéphanie Rist, le CNGOF, associé à d’autres sociétés savantes et fédérations, demande une réorientation du chantier ministériel. Il plaide pour une feuille de route explicite articulée autour de deux axes majeurs : la révision des décrets de périnatalité de 1998 et une réorganisation territoriale de l’offre de soins périnatals.
Le Collège appelle à des travaux approfondis associant « l’ensemble des professionnels concernés », dans le cadre d’un calendrier national clairement établi.
À ce stade, le CNGOF indique n’avoir reçu « ni réponse, ni même accusé de réception » à son courrier. En conséquence, il annonce ne pas pouvoir « s’associer aux travaux lancés par le gouvernement en l’état ».
« La santé des mères et des nouveau-nés mérite plus de considération et de rigueur », conclut le Collège, qui appelle publiquement la députée à « rouvrir le chantier » sur des bases qu’il juge plus solides.